CHAPITRE XXV
à être cousues sur les vêtements (il; on les achetaient aux « bibelotiers ?-', nombreux dans la ville {2). Le ton railleur de ce récit, et les épigrammes jadis neuves dont le poëte émaille ses vers, nous montrent que déjà la foi faiblissait ; quant à la relation écrite par Erasme de son voyage à Cantorbéry, ce n'est plus le langage d'un pèlerin mais simplement celui d'un touriste. 11 en faudrait dire tout autant de Madame de Montreuil, qui vint à Cantorbéry en août 1538; et il est assez clair que pour des visiteurs de ce genre saint Thomas n'avait point de miracles à faire : où était la foi qui pût les obtenir? Du moins les relations que nous venons de mentionner fournissent-elles des indications intéressantes sur le pèlerinage lui-même, La reconstruction de la primatiale, avons nous dit, avait été dirigée spécialement en vue du concours des fidèles autour des reliques de saint Thomas ; aussi les dispositions étaient-elles prises pour faciliter l'accès des divers endroits qui formaient autant de stations pour les pèlerins ; chacune avait ses custodes chargés de son entretien et de la réception des offrandes ; celles-ci étaient ensuite consignées entre les mains du prieur. Dès les premiers jours un ordre déterminé fut établi, ■afin d'éviter le tumulte et l'encombrement; les divers groupes des fidèles étaient conduits par des moines
1, Then, us manere and custom is, signes there they bought For men of contré should know whome they had sought.
They set their signvs upon their hedes, and som oppon their capp,
2. On a retrouvé une de ces enseignes dans la Tamise, à Londres même. Elle porte comme effigie la tête d'un évêque dont la mitre pointue, ornée de grosses perles et de pierreries, mais non pas très haute, semble indiquer le xiv" siècle. En exergue on lit ces mots : Caput Thome [Etchings of ancient rcmains, by Charles Roach Smith, fasc, vi. pi. xxxri, n"" X et xi).
488 SAINT THOMAS DE CANTORBl-RY
de Sainte-Trinité, le prieur lui-même se chargeant de ce soin, lorsqu'il s'agissait de personnages de marque.
On se rendait d'abord au transept nord qui avait été le théâtre du martyre. Jusqu'à la fin du xiv"' siècle il demeura tel qu'il était le 29 décembre 1170, sauf deux particularités (T) : les dalles teintes du sang de saint Thomas avaient été emportées à Peterborough^ nous l'avons dit ; puis auprès des marches qui conduisaient au chœur, et contre le pilier d'angle, était désormais adossé un petit autel qui fut connu sous le nom de « l'autier à la poynte de l'espée », ad punctiim cnsis ; on y conservait en effet la pointe du glaive de Richard Le Breton, qui s'était brisé sur le pavé en frappant le martyr tombé à trois pas de là (2). C'était une des stations les plus vénérées; mais à la fin du xiv'" siècle, l'architecture du transept fut grandement modifiée, lorsqu'on le reconstruisit en même temps que la nef : on lit disparaître la colonne centrale qui avait servi de point d'appui à «aint Thomas pour résister à Guillaume de Tracy ; la tribune qu'elle supportait tomba de même, et tout autour du transept on ménagea des galeries qui permettaient de déployer de belles tentures aux jours de fête ; mais le spectacle de ces riches étoffes compensait mal la perte de vénérables souvenirs.
Suivons le groupe de pèlerins qui vient de faire en ce lieu sa première station. 11 descend à la crypte» devenue par les agrandissements du xif siècle une véri table église; Notre-Dame Sous-Voûte y a depuis longtemps son autel, révéré de toute l'Angleterre; mais
1. Nous nous réglons pour les dates sur celles qu'a données le R. P. John Morris en tête de son ouvrage 77/t' L(fe of S. ThomaSy II*-" éd., à l'appui du plan de la cathédrale qu'il reproduit.
2. Voir à l'Appendice, note B, le rôle qu'a joué cet autel dans l'iconogrnphic et la h'gende.