‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 309 sur 372 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

ne voit plus que ces joyaux inestimables dont les feux ont bien vite fait oublier tout le reste, et au milieu desquels brille d'un éclat non pareil le Real de France. Du xiiT' au xvf siècle les témoins les plus divers s'accordent pour affirmer qu'il n'v a nulle part en Europe une œuvre d'art comparable à cette châsse merveilleuse (i).

Les grilles de fer, qui tiennent la foule à distance, s'ouvrent pour laisser passer les infirmes qui vont se placer quelques instants sous la châsse, entre les colonnettes ; puis le groupe reprend sa marche par le déambulatoire et arrive à la chapelle absidale, la célèbre « Couronne de Becket ». Là, dans un buste fait d'or et d'argent rehaussés de pierreries, les pèlerins trouvent une relique insigne, à savoir la partie du crâne de saint Thomas qu'ont détachée les coups portés par Tracy, Fitzurse et Le Breton. Elle a été retirée de la châsse en même temps que le chef du martyr (2), et dans les premières années du xiv" siècle les fidèles ont donné une somme considérable pour faire le splendide reliquaire qui renferme ce trésor, devant lequel s'achève leur pèlerinage.

1. Dès les jours de la translation, nous trouvons le témoignage de l'archevêque Albert de Livonie, instituteur de Tordre religieux et militaire des chevaliers Porte-glaives, qui mourut en 1230, dix ans après l'élévation des reliques (Martène, Thésaurus Novor. Anecdof. t. lu. pag. 1868). Au xv" siècle nous avons la relation d'un ambassadeur de Bohème (Stanley, pag. 266) ; au xvi'', celles de l'ambassadeur vénitien (Ibid. pag. 2;^^), d'Erasme et de Madame de Montreuil (ibid. pag. 253).

2. Stanley, pag. 283. Le doyen a relevé cette mention, portée au compte des recettes sur les registres pour l'année 1314 : « Pro corona sancti Thome auro et argento et lapidibus preciosis ornanda, cxv li. XII s. » Et il ajoute que c'est à sa connaissance la première mention de la corona capitis. Nous voyons ainsi confirmée notre opinion relativement à l'ouverture de la châsse à la fin du xiri*^ siècle au plus tôt. La somme alors très considérable de cxv livres est le total des offrandes faites pendant plusieurs années dans le but d'orner et d'enchâsser l'insigne relique.

SAINT THOMAS DE CAN"TORBi;RY

Les deux siècles qui suivirent la translation paraissent avoir été la plus brillante époque dans l'histoire des reliques et du culte de saint Thomas, si l'on donne moins d'attention à la foi et à la dévotion des peuples qu'aux démonstrations des grands de la terre.. Tous les rois de la Grande-Bretagne vinrent successivement s'agenouiller devant la grande châsse, à la crvpte, au lieu du martyre, quelques uns couronnés, comme Edouard 111 et Henri V, des lauriers sanglants cueillis sur les champs de bataille de la guerre de Cent-Ans ; pas un d'entre eux, probablement, ne songea qu'il devait à saint Thomas l'organisation militaire dont la puissance avait donné à l'Angleterre les victoires de Crécy et d'Azincourt. Le Prince Noir voulut être enseveli près des reliques du grand martyr, et fit par son testament largesse « à l'autier où « monseigneur saint Thomas gist (i), et à l'autier là « où la tête est, et à l'autier là où la poynte de l'espée « est (2). » Le Roi de France Jean le Bon, captif à la "^ Tour de Londres après la défaite de Poitiers, ayant recouvré sa liberté par le traité désastreux de Brétigny, ne manqua point de s'arrêter à Cantorbéry avant de s'embarquer à Douvres ; et bien d'autres noms célèbres seraient à citer encore. La grande châsse allait s'embellissant toujours; on y ajouta une crête nouvelle et trois fleurons fort riches dans le style du xiv" siècle; autour d'elle de nouveaux dons s'accumulaient, suspendus à la plate-forme de son piédestal ou déposés au pied des colonnettes. Mais que de tristes présages se mêlaient à ces splendeurs !

1. C'était l'autel qui s'élevait entre l'autel majeur et la grande châsse, à l'entrée de la chapelle de Sainte-Trinité.

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