CHAPITRE m
étaient ébranlés, et sur la fm de l'année plusieurs se disposaient à obéir ; Robert de Hereford, Roger de Worcester faisaient avertir le Roi qu'ils se préparaient à passer la mer ; Gilbert Foliot lui-même prenait ses dispositions pour les suivre.
Au Roi Henri, le primat écrivait directement, cherchant le chemin de ce cœur obstinément sourd jusquelà aux appels de l'amitié comme de l'autorité. Mais le plus difficile était peut-être de faire parvenir la missive : Herbert s'en chargea. Le Roi étant alors à Caen, le fidèle messager s'y rendit, et avec une audace digne d'admiration, car sa physionomie très accentuée était connue de toute la cour, il vint se poster à la porte du palais. Un clerc de l'archidiacre de Cantorbéry passa; Herbert lui remit la lettre à l'adresse du souverain, et sortit incontinent de la ville. Nous n'avons plus le texte de ce nouveau recours du primat d'Angleterre à la religion du Roi ; mais nous savons qu'il était secondé par l'action du Souverain Pontife.
Alexandre 111 écrivait en effet à Henri, sur un ton sévère, lui reprochait d'empêcher les appels et les voyages à Rome, d'avoir fait alliance avec les schismatiques et marié sa fille à un des auxiliaires les plus notoires de ce parti ; tout cela après avoir chassé de ses états l'Archevêque de Cantorbéry et porté la main sur les personnes et les biens d'Église (ij. A l'archevêque de Rouen le Pape écrivait une lettre où il articulait des menaces que Rotrou devrait faire connaître au Roi, si la conduite de celui-ci ne s'amendait pas (2). Aux archevêques d'York, de Tours, de Bourges et de Bordeaux, il enjoignait aussi de faire observer
1. Materials, t. vi, pages 79-80. Henrici régis ad Alexand. Pap. ep. « Super liis ».
2. Ibid..ya.ge 73. Amicicujusd. ad ïhom. Cant. ep. <■ Xuntium vestrum ».
toute sentence que pourrait prononcer le primat d'Angleterre en sa qualité de légat, fût-ce même l'excommunication lancée contre Henri II.
A tant d'avertissements que répondait le prince? N'avons-nous pas dit déjà qu'il poursuivait un plan dont il voulait avant tout la réalisation? Aussi toutes les mesures qu'il adoptait ne tendaient-elles, comme l'appel formulé à Chinon, qu'à traîner les choses en longueur et à gagner du temps en cachant son jeu au Souverain Pontife. Le clerc qui apportait en Normandie la lettre d'Alexandre 111 était jeté en prison; dès lors on était assuré qu'il n'irait pas à Rome dire ce qu'il avait vu. De l'autre côté de la mer on faisait saisir Frère Scailman, le dévoué compagnon auquel Thomas avait dû son salut en quittant furtivement l'Angleterre. Il est vrai que Scailman était homme de résolution; il trouva moyen de s'évader, se cacha quelques jours à Cantorbéry, et finit par faire perdre sa trace (i). Le pauvre clerc qui avait eu la simplicité de remettre au Roi le pli que lui avait jeté Herbert fut moins heureux : mis au secret, on lui versa dans la bouche de l'eau bouillante, on lui laboura les yeux à en faire jaillir le sang, jusqu'à ce qu'il eût avoué le nom de l'homme qui lui avait contié la lettre (2).
Quant aux évêques, Henri savait comment traiter avec eux. Arnulf de Lisieux était traqué par ses créanciers : le Roi paya ses dettes, et l'on jugea que c'était de l'argent placé à bon intérêt (3). A Roger de Worcester, son cousin, à Robert de Hereford, il
1. Materials, t. vi, page "]"]. Nicolai de Monte Rothomag. ad Thom. Cant. ep. « Super negotio ».