CHAPITRE III
déclarait qu'ils étaient libres de passer la mer, s'ils le voulaient, mais qu'ils ne rentreraient pas ensuite en Angleterre (i). Et quand le bon Rotrou de Rouen faisait entendre tels reproches que pouvait lui inspirer son caractère pacifique ('21, ou quelque allusion aux rigueurs que présageait la lettre apostolique déposée entre ses mains, Henri assurait avec insouciance connaître tout le contenu de ce pli mvstérieux et n'en pas concevoir grande crainte : en quoi il disait plus vrai qu'on ne pensait autour de lui.
Néanmoins, il restait encore à endormir la vigilance du Pape; Henri n'en désespéra pas, et un de ses meilleurs diplomates écrivit pour lui aux cardinaux une lettre qui peut passer pour un chef-d'œuvre d'impudence ; elle est tellement caractéristique que nous sommes obligés de l'analyser (3). Le Roi débutait par des protestations de dévouement et d'affection à l'égard du Pape, et osait bien rappeler ses titres à une protection spéciale de la part d'Alexandre III : le prince qui avait fait de son adhésion au Pontife légitime le prix d'un marché tout politique se donnait le mérite d'avoir entraîné les autres couronnes à la même obédience (4). Alexandre, ajoutait-il, avait payé un tel service d'une véritable ingratitude, qui cependant n'empêcherait jamais Henri Plantagenet d'être son plus fidèle et dévoué sujet. Cela s'écrivait au lendemain du conciliabule de AA^urzbourg, où Barberousse avait reçu la lettre que l'on sait (5). Il est vrai que Henri assurait avoir ignoré l'excommuni-