‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 315 sur 372 · OI · texte numérisé non relu

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en plusieurs circonstances que tout ou partie des corps saints purent être soustraits en cachette, au moment où des mains impies les arrachaient au lieu de leur glorieux repos. Mais parmi tant de reliques vénérées^ il en était qui excitaient davantage la haine du Roi et de ses séides, celles du grand martyr de Cantorbéry.

D'instinct Henri VIII voyait en saint Thomas le censeur dont l'exemple condamnait ses usurpations schismatiques, l'inspirateur possible de toutes les résistances h des entreprises tyranniques et sacrilèges (i). Aussi s'apprétait-il à le poursuivre avec une rigueur qui ne fut déployée contre aucun autre saint; mais le martyr, dont les miracles avaient remué toute la chrétienté, ne voulut pas se défendre. « Qu'ai-je désormais à faire ici, sembla-t-il dire, puis- « qu'on m'a pris mon peuple? Ses maîtres accumulent « les iniquités, et voici qu'on m'insulte à plaisir ! »

Le Roi, en effet, ordonnait contre saint Thomas Becket une procédure spéciale ; ayant annoncé naguère l'intention de réviser le droit canonique de son Eglise, il s'attacha au procès de canonisation de l'Archevêque martyr; et après cet examen parut une proclamation royale où on lisait : « Il est dé- « montré maintenant que Thomas, autrefois Arche- « vêque de Cantorbéry, a été frappé dans une rixe « provoquée par son obstination et ses intempérances « de langage ; qu'il a été ensuite canonisé par l'évêque « de Rome comme champion de l'autorité usurpée « de ce siège; Sa Majesté a donc jugé expédient de « déclarer à ses fidèles sujets que Thomas n'est point

I. Lord Campbell, Lives of tlic Clianccllors, t. i, pag. 87. Ce nouveau témoignage d'un écrivain anglican mérite d'être ajouté à ceux que nous avons enregistrés déjà.

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« un saint, mais bien plutôt un rebelle et un traître « à son roi (i). »

Ainsi le saint martyr n'était pas considéré seulement comme coupable d'encourager la superstition, mais bien plus encore comme chef de toutes les résistances aux entreprises schismatiques de la politique royale ; des rigueurs toutes spéciales étaient donc tenues pour nécessaires à son égard. Avertis des dispositions menaçantes de la cour, les moines de Christchurch cherchèrent à prendre quelques pré-

I. Nous n'ignorons pas que Ton donne ordinairement à cette procédure un appareil plus dramatique ; lord Campbell l'expose en ces termes : « Henri VIII prescrivit à l'attorney général d'informer contre Thomas « Becket, sous la prévention d'avoir usurpé les prérogatives de la « sainteté, et Thomas fut cité à comparaître pour répondre sur ce « chef d'accusation. On eût prononcé par défaut une sentence d'éviction ; « mais pour montrer son impartialité comme son respect pour les formes « de la justice, le Roi fit donner à l'accusé un avocat d'office, aux frais « de l'Etat. La cause fut appelée, Ton entendit l'attorney général et « l'avocat de l'accusé développer leurs conclusions avec telles preuves «^qu'ils voulurent apporter de part et d'autre; puis le verdict fut pro- « nonce, déclarant Thomas, autrefois Archevêque de Cantorbéry, « coupable de contumace, de félonie et de rébellion ; ordonnant que « ses ossements seraient brûlés publiquement, pour avertir les vivants « de leur devoir par ce châtiment infligé à un mort ; qu'enfin les offrandes « faites à sa châsse seraient confisquées au profit de la couronne. » (Loc. cit.). David Hume admet également la réalité de ce procès [Hist. de la maison de Tiidor, an. 1538) ; mais beaucoup d'auteurs protestants la nient ; on peut dire que c'est la majorité. Toutefois ils ont surtout en vue de laver Henri VIII du reproche d'avoir fait brûler les reliques de saint Thomas, sacrilège dont il est bien réellement coupable, nous le dirons plus loin. Ces auteurs épiloguent sur les dates pour prouver que le procès n'a pas eu lieu ; c'est un argument insuffisant ; ils allèguent l'invraisemblance du fait, comme si dans l'histoire de Henri VIII les extravagances n'abondaient pas, à commencer par sa prétention d'être chef de l'Eglise au spirituel. Le plaidoyer des écrivains protestants ne nous convainc donc point. D'autre part les catholiques, admettant la réalité du fait en question, s'appuient surtout sur la bulle CuDi Rcdcmptor fulminée par le Pape Paul III le 17 décembre 1538, et dans laquelle il se trouve affirmé. Ces auteurs font remarquer : i" que le Pape n'aurait pas à la légère jeté une telle accusation à tous les vents du monde chrétien ; 2° que le Roi dut la connaître, et qu'on

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