‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 316 sur 372 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

cautions, malheureusement insuffisantes ; car ils se contentèrent de renfermer le chef et la couronne de saint Thomas dans le coffre de fer qui se trouvait dans la grande châsse et dans lequel Etienne Langton avait jadis déposé le corps entier du martyr (i). Sans doute ils espéraient que les gens du Roi se contenteraient de piller les richesses accumulées dans la chapelle de la Sainte-Trinité, en laissant de côté des ossements désormais sans honneurs ; mais ils furent promptement et cruellement détrompés.

Au mois de septembre 1538, trois cent dix-huit ans

n"a aucun démenti de sa part à enregistrer. Mais sur ce dernier point il faudrait établir que Henri VIII devait contredire l'assertion contenue dans la Bulle. Cette preuve est diificile à faire ; car enfin si le Roi a ordonné la procédure, pourquoi s'en défendrait-il ? A son point de vue c'était un acte légal. L'argument négatif cj^u'on voudrait tirer de son silence ne nous paraît pas porter plus que celui des auteurs protestants. En examinant la question, nous avons pensé qu'il fallait nous en tenir à la version que nous adoptons ici : 1° Parce que le prétendu verdict de condamnation porte que les reliques seront « brûlées publiquement », ce qui n'a pas eu lieu ; 2" parce que, s'il y avait eu condamnation prononcée en cette forme, il serait inadmissible que les moines de Cantorbéry n'eussent pris aucune précaution pour sauver les reliques ; 3" parce que le texte de Tédit qui suivit le sacrilège n'est contesté par personne, et que ses termes ont parfaitement pu suffire à baser la version adoptée par le Pape: « Il est démontré maintenant c^ue ... » termes c^ue la Cour romaine pouvait traduire par ces mots « in judicium vocari fecit » ; car la proclamation indiquait bien qu'il y avait eu discussion, procès par conséquent ; seulement ce procès affecta-t-il la forme exposée par lord Campbell ? Nous ne le croyons pas, parce que nous ne trouvons aucun document contemporain pour le dire et que la bulle du Pape ne signifie pas cela nécessairement ; nous pensons au contraire qu'il s'est agi de la cassation du procès de canonisation et de la bulle Redolet Aiiglia, Henri ayant annoncé son intention de procéder à une révision du droit canonique, et les termes de la proclamation même indiquant un examen de ce genre fait par les gens du Roi. A notre avis les autres détails, tels que l'assignation, l'intervention de l'attornev, la nomination d'un avocat d'office, et le texte même du verdict, tout cela a été ajouté par l'imagination des chroniqueurs et des voyageurs qui apportaient sur le continent les nouvelles d'Angleterre ; on comprenait mal le sens précis du procès, et on brodait de plus ou moins bonne foi. I. Voir à l'Appendice, note F.

après la glorieuse translation des reliques, lord Cromwell arriva dans la ville métropolitaine, pénétra, suivi de ses séïdes, dans l'antique primatiale, et alors commença la sinistre exécution des ordres du Roi. Des mains impies arrachèrent la châsse de son piédestal, et firent successivement tomber les joyaux sans prix qui l'ornaient depuis trois siècles et plus ; statuettes, émaux, fleurons, plaques d'or enfin, tout fut arraché, sommairement estimé, puis jeté pêlemêle dans deux grands coffres si vastes qu'à peine six ou huit hommes vigoureux suffisaient à en porter un jusqu'au portail de l'église. Ce qui dépendait de la châsse devait aussi prendre le chemin de la Tour de Londres, aux termes de l'ordonnance, en vertu de laquelle le trésor de Cantorbéry fut littéralement mis à sac. La nécessité d'éteindre la superstition exigea que les chapes d'or avec leurs fermaux, les chandeliers, les calices, les patènes, les ornements de soie, les mitres précieuses, et surtout le bâton pastoral de saint Thomas Becket, fussent enlevés <i pour le service du « Roi ». On en remplit vingt-six fourgons (i).

Pendant que ses gens pillaient le trésor et démolissaient les colonnettes qui avaient supporté la châsse, lord Cromwell faisait préparer un bûcher dans l'église même et ouvrir le coffre de fer qui renfermait les ossements de saint Thomas Becket : on les y trouva tous réunis. Les flammes s'éhmcèrent en crépitant, et les saintes reliques leur furent toutes livrées en proie. Cromw^ell ne s'éloigna qu'après avoir vu le sacré dépôt entièrement réduit en cendres qui fut jetées au vent (2). Alors seulement il se

1. D. Gasquet, Henri VI [I and the cnglish nionasteries, t. ir, pag. 408.

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