CHAPITRE XXVI
ossements du grand pontife, jusqu'aux signes matériels de ses triomphes, c'est pour punir une Eglise infidèle et en même temps purifier une sainte mémoire d'un alliage qui l'altérait. N'avait-on pas vu s'agenouiller devant la châsse de Cantorbéry des princes qui dans leur gouvernement appliquaient et développaient les principes jadis posés par Henri Plantagenet? Les peuples ne comprenaient plus que d'une manière confuse les combats de saint Thomas et les enseignements qui en devaient sortir. Le Seigneur permit donc que le feu de la persécution vînt épurer ces cro3'ances ; mais le sacrilège attentat de 1S38, en ébranlant les échos de la chrétienté, rendit au culte du martyr une jeunesse nouvelle, et la haine spéciale qui poursuivait la mémoire de saint Thomas remit en évidence le caractère particulier du héros de l'Eglise.
Du haut du Siège apostolique, le Pape Paul III, en lançant la foudre contre le Roi d'Angleterre, flétrissait comme un de ses plus monstrueux attentats la destruction des reliques de saint Thomas et le procès destiné à casser la sentence autrefois rendue par le Pontife romain. Faisant écho à la voix du successeur de Pierre, les fidèles et l'ordre sacerdotal tout entier réchauffaient leur dévotion envers le défenseur de la liberté de l'Église. L'avarice et la violence avaient ravi à saint Thomas les richesses prodiguées par les chrétiens des précédents âges, mais Dieu lui donna une couronne plus belle, où brillèrent au lieu des diamants et des rubis la foi des confesseurs et le sang des martyrs. Dans cette légion de héros qui donnaient leur vie afin de "T replanter l'Église » dans leur patrie, pas un qui ne reconnût pour chef et pour modèle saint Thomas de Cantorbéry; et dans
le cœur de tous les anglais fidèles à la foi de leurs pères vivait la même admiration pour Thomas le Martyr. Sur le continent ils fondaient des collèges ou séminaires dans le but de former des missionnaires pour l'Angleterre, et ces maisons devenaient autant de foyers d'une dévotion nouvelle envers le grand Archevêque. Celui qui fut établi à Rome se plaça sous son patronage, et eut pour fêtes principales celles de la Sainte Trinité et de saint Thomas de Cantorbéry. En 1599, le Pape Clément Vlll permit aux cinq autres séminaires anglais, fondés sur divers points de l'Europe, de choisir également deux fêtes qui seraient privilégiées à l'égal de celles qu'avait adoptées celui de Rome : sans se concerter, les cinq maisons s'accordèrent à proposer en première ligne la fête de saint Thomas (i). Le 23 mars 1041, le Pape Urbain VIII accorda k tout catholique anglais la faculté de célébrer l'octave de la solennité du 29 décembre ; et d'autre part la Sacrée Congrégation de l'Immunité ecclésiastique choisit pour patron saint Thomas de Cantorbéry. Les Pays-Bas, qui dès longtemps l'avaient honoré d'un culte tout particulier, ne lui devinrent alors que plus fidèles ; et dans les Flandres, de nombreuses pépinières de missionnaires. Bénédictins, Jésuites, ou prêtres séculiers, développèrent la dévotion
I. Le séminaire de Douai avait une raison particulière pour cela, car il possédait une des haires du saint Archevêque, qui était demeurée entière, parait-il. 11 nous semble très probable que c'était précisément celle qui était suspendue au-dessus du tombeau du martyr, car nulle part ailleurs nous ne trouvons mention d'une autre haire intacte avant les jours de Henri VITl. Elle n'jivait pu tenter Cromwell, qui d'ailleurs eût été mal venu à porter sur le registre de ses spoliations une haire en crin « pour le service du Roi », selon la formule adoptée. Pas plus que ïracy ni Fitzurse il ne dut se soucier d'un pareil butin, et cette précieuse relique a pu très aisément échapper au pillage du trésor de Cantorbéry. Le collège anglais de Saint-Omer, fondé en 1544, avait dans son église une chapelle dédiée à saint Thomas.