CHAPITRE XXYI
populaire envers l'illustre martyr, tandis qu'en France de nouvelles biographies rappelaient les traits principaux de cette grande figure à des générations qui commençaient à les oublier. Mais le culte du saint devait subir dans notre pays des vicissitudes qu'il nous faut rappeler.
Pas plus que dans les Pays-Bas, les guerres provoquées en France par les Calvinistes n'avaient pu faire définitivement triompher l'erreur; le protestantisme fut, grâce aux efforts de la Ligue, obligé de renoncer à dominer, et il se retira, mais comme se retire le flot destructeur, en abandonnant derrière lui un limon semé d'épaves. Il en naquit une hérésie moins violente mais non moins délétère que celle de Calvin, le jansénisme, qui se donna pour mission de miner sourdement l'antique édifice religieux et social dont la tempête n'avait pu avoir raison. Dans le gallicanisme, depuis longtemps naturalisé en France, il trouva un allié inconscient mais précieux, qui, en obstruant les communications avec le Saint-Siège, permit à la nouvelle secte de poursuivre son œuvre de mort. Ennemi juré du culte des saints, le jansénisme trouva des facilités particulières pour travailler à éteindre la dévotion des peuples de France envers saint Thomas Becket, les maximes condamnées par l'Archevêque de Cantorbéry n'étant que l'affirmation brutale des maximes adoptées ensuite avec plus de formes sur le continent (i). Bientôt même la Déclaration de 1082 allait Tetentir, précisant quels rapports intimes existaient entre les lois que Henri Plantagenet avait nommées « libertés de Henri 1" » et ce que l'on appelait au xvif siècle « libertés de l'Église gallicane. » Que