‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 321 sur 372 · CHAPITRE XXVI :^ l l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI :^ l l

foi qui continuent à régir la masse du peuple français, la lecture quotidienne de ces recueils est chose très commune ; aussi la secte n'a-t-elle garde de négliger un si bon moyen de propager traîtreusement ses doctrines. Mésenguy apporte le plus grand soin k la composition de son œuvre, on le voit aisément; car il a dû compulser bien des martyrologes pour mettre en lumière des noms assurément dignes de toute vénération, mais dont le culte n'est rien moins que populaire : au 29 décembre nous trouvons la vie de saint Théodore, abbé dans la Thébaïde ; mais de saint Thomas de Cantorbéry pas une ligne, pas un mot. En vain chercherons-nous à toutes les pages de ces deux volumes, nous n'3^ découvrirons nulle part ce nom illustre que l'Église d'Occident célèbre chaque année. D'abord vous le regretterez peut-être, chrétiens qui cherchiez dans ce livre l'aliment de votre piété; mais peu à peu vous l'oublierez; et si vous possédiez une relique du saint martvr que tant d'Églises vous envieraient, apprenez par les instructions placées à la fin de l'ouvrage qu'elle n'a en ellemême aucune vertu, et que si par elle Dieu a fait des miracles, c'est seulement qu'il récompensait la foi de ceux qui invoquaient le martyr. N'attachez donc point tant de prix à cet objet pieux, et ne croyez pas mal faire en le classant décemment avec vos souvenirs de famille dans les tiroirs d'un secrétaire ; si vous avez la foi, le Seigneur vous entendra tout aussi bien que si vous l'invoquiez à genoux devant un reliquaire. Il va de soi que l'on ne vous verra point entreprendre quelque long pèlerinage pour aller prier devant une châsse ; car vous le voyez bien, à quoi bon ?

Monsieur Mésenguy, clerc minoré, a aussi pré-

paré un bréviaire tout nouveau, dont malheureuse- i ment aucun évoque n'a voulu encore; mais en 1735, < Monseigneur de Vintimille, archevêque de Paris, ] adversaire déclaré du jansénisme, accepte de ce janséniste l'œuvre jusque-là demeurée sans éditeur et ' promulgue cette liturgie dans l'archidiocèse. Dès que nous examinons le calendrier de ce bréviaire, nous y | reconnaissons de suite l'hagiographe qui a voulu 1 faire oublier saint Thomas de Cantorbéry : la fête du 2c) décembre est supprimée. A cette date, consa- | crée à l'illustre martvr par l'ordre du Saint-Siège, par ] l'usage cinq fois séculaire de la chrétienté occiden- . taie, par la tradition non moins ancienne de l'Eglise ' de Paris elle-même, on célébrera sous les voûtes de i Notre-Dame l'office d'un jour dans l'octave de Noël. « « C'est en effet une dévotion mal réglée, celle qui ! « oublie en quelque manière Dieu et Jésus-Christ \

« pour ne penser qu'aux saints (i). » Depuis le 1

xiii'" siècle l'Église de Paris célèbre au 7 juillet une i

seconde fête de saint Thomas, celle de la Translation ;

des reliques : on opérera donc à ce jour « la transla- ■;

« tion » de la solennité du 2g décembre, et ce ne \ sera pas le seul exemple d'un aussi piètre jeu de mots. Tout compte fait, il y aura une fête de moins en l'honneur du martyr, et les fidèles seront désorientés dans leur dévotion. Au surplus, cela leur sera

peut-être indifférent, car n'ont-ils pas oublié déjà j le nom de saint Thomas Becket? La collégiale de

Saint-Thomas du Louvre changera ses usages; et si ; quelque corporation ou confrérie honore le martyr

de Cantorbéry, elle devra aussi modifier ses cou- j tûmes. Or, en perdant les anciennes traditions l'on

I, Mésenguy, Du culte des Saints, § va.

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