CHAPITRE XXVI
n'en crée ni n'adopte pas facilement de nouvelles : il y aura donc du trouble, et très probablement un affaiblissement de la piété; mais ce sera fort bien fait, car Monsieur Mésenguy abhorre les confréries.
Le coup portera bien plus loin encore ; le bréviaire parisien va devenir le type le plus commun des liturgies diocésaines qui se multiplieront en France pendant un siècle, et on verra les diverses Églises se modeler sur celle de la capitale, souvent même dépasser la témérité de ses innovations. Amiens, Beauvais, Noyon, Coutances. Autun, La Rochelle, et d'autres diocèses encore, adopteront l'unique fête de saint Thomas Becket au 7 juillet. Reims et Poitiers ne lui consacreront qu'une simple mémoire à cette même date fou l'avant-veille, sans qu'on puisse en comprendre la raison). La collecte sera partout changée ; au lieu des paroles si fermes par lesquelles cinq siècles chrétiens ont unanimement stigmatisé Vimpiété des meurtriers de saint Thomas et affirmé qu'il est mort pour VEglise, on n'entendra que des formules générales dans lesquelles il n'y aura plus à chercher aucun enseignement spécial. L'on verra enfin des bréviaires où le nom cfu saint martyr ne se lira plus à aucune date : Henri VIII n'aurait pu demander davantage.
Heureusement quelques Églises, par exemple celles d'Angers, de Besançon, ne céderont pas à l'exemple et conserveront la fête du 2 g décembre telle qu'elle est célébrée depuis des siècles. Une des liturgies fidèles sur ce point à la traciition a le droit d'attirer notre attention, celle de Bayeux. Le jour est venu où les évêques et le clergé de France se trouvent en face de la dernière conséquence tirée par le jansénisme des principes gallicans. Mis en demeure de
prêter serment à la Constitution civile du clergé, ' l'immense majorité préfère l'exil. Réfugiés en Angle- j terre, l'évêque de Bayeux et un grand nombre de ! ses prêtres se voient bientôt menacés de ne pouvoir | plus réciter l'office divin faute de livres, car ceux de i leurs compagnons d'infortune, qui ont chacun leur liturgie particulière, ne peuvent leur être d'aucune ; utilité. Ce serait le cas de revenir au bréviaire ro- | main, dont se servent les prêtres anglais ; mais trop I de préjugés s'opposent à ce qu'une telle pensée vienne seulement à l'esprit des exilés. Au prix de '• sacrifices courageusement imposés à leur indigence. Monseigneur de Cheylus et ses prêtres réussissent à ' faire réimprimer le bréviaire de Bayeux, qui sera j daté de Londres et de l'année 1799 (i). La fête de j saint Thomas y est inscrite au 29 décembre, du rite j double mineur, et la voix des confesseurs de la '. liberté de l'Église vient redire les louanges de Tho- : mas le Martyr en union avec leurs frères opprimés i de la Grande-Bretagne, auxquels Benoît XIV a per- ' mis de célébrer cette fête selon le rite double de II" classe, î
L'Angleterre protestante elle-même n'est pas entiè- 1 rement déshéritée de tous les souvenirs du saint qui \ jadis brillait chez elle d'un éclat incomparable. -, Tombées aux mains d'un clergé hérétique, les cathé- j drales de Lincoln, de Chester, de Cantorbéry enfin ] ont conservé quelques verrières échappées aux agents de Henri VUI et au marteau des presbytériens. ;| Exécutées au xiii" siècle, ces œuvres ont duré jus- i
I. Londini, typis Pliilippi Fr. I.e Boussonnier et Socii, via vulgo J Wardour. M.occ.xctx. — Le nom de Timprimeur est un nom français;
serait-ce celui d'un de ces prêtres qui pour subvenir à leurs pressants ■
besoins se mirent à exercer divers métiers ? j