‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 323 sur 372 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

qu'au xix" pour lui transmettre de précieux souvenirs. D'autre part, avant même que l'intérêt politique eût conseillé à l'égard des catholiques une tolérance relative, le peintre Stothard s'était avisé de composer son tableau des Pèlerins de Cantorbéry^ qui passe pour son chef-d'œuvre (i) ; dépourvue, il est vrai, de toute inspiration chrétienne, cette toile avait du moins le mérite de rappeler aux protestants du xviii" siècle les jours où l'Angleterre, fidèle à l'antique foi, témoignait de son culte envers le saint qui était mort pour la lui conserver. Mais il fallait attendre la seconde moitié du xix" siècle pour que le nom de Thomas Becket commençât à reconquérir au moins le respect. Alors les publications du D' Giles et du chanoine Robertson, les polémiques même engagées à propos du grand Archevêque entre écrivains loyaux et sectaires obstinés, sont venues déchirer les nuages amassés par la haine et les préjugés ; on a commencé à rendre justice à l'illustre chancelier d'Angleterre, et à le considérer comme une des plus nobles figures dont puissent se glorifier les annales de la Grande- Bretagne. Bien plus, on a vu le Gouvernement Britannique faire publier aux frais du Trésor cette vie de Thomas Becket que jadis le lord abbé Whiting n'avait pu conserver chez lui sans être accusé pour cela de haute trahison.

Voilà où en est venue l'Angleterre protestante ; encore bien éloignée du terme auquel il devrait aboutir, ce m^ouvement est cependant fait pour entretenir l'espérance. De tout temps l'esprit de schisme a été recueil des Églises de ce pays, qui ont fini par s'y briser dans un immense naufrage. Rentreront-elles

I. Cette toile représente le voyage de Chaucer, dont nous avons parlé ci-dessus, page 486.

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jamais dans l'unité catholique? C'est le secret de Dieu ; mais si elles doivent revenir à la vie, ce ne sera qu'en s'inclinant devant les principes qu'a proclamés et scellés de son sang le martyr de Cantorbéry. Et si le Seigneur ne doit plus au contraire moissonner sur la terre anglaise que des âmes isolées, le nombre de ces élus grandira dans la même proportion que le culte rendu à saint Thomas Becket. Or ce culte reprend chaque jour plus d'extension au-delà de la mer ; le grand Archevêque martyr a été donné pour patron au diocèse de Northampton, et plusieurs de ses reliques, jusqu'alors conservées sur le continent, sont rentrées en Angleterre. Le mardi 20 avril 1875, une nouvelle église, érigée sous le vocable de saint Thomas, à Cantorbéry même, a été inaugurée en présence du cardinal Manning, de plusieurs évêques, et de hauts personnages réunis en grand nombre. Depuis lors, enfin, les catholiques ont retrouvé le chemin des pèlerins de saint Thomas, et voici que de nouveau ils se réunissent pour aller prier le grand martyr dans sa basilique dépouillée de toutes ses gloires ; mais elle avait été si bien dessinée pour l'illustre thaumaturge que tout y parle encore de lui. En France, les réparations aussi sont venues après les outrages. Le xix^ siècle à ses débuts n'était, il est vrai, que l'héritier trop fidèle du précédent ; les liturgies diocésaines, qui ne se comptaient plus, poursuivaient l'œuvre commencée par le bréviaire parisien, tandis que Dom Brial, égaré à l'Institut, manifestait ses rancunes gallicanes à l'égard de saint Thomas de. Cantorbéry, en continuant le Recueil des Historiens de France. Pourtant il n'était pas écrit que le martyr, autrefois si populaire, serait toujours calomnié, méconnu et à peu près oublié;

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