Materials, t. vu, pag
4. Ibid., page 386, ad Alexand. Pap. ep : « Ex quo, pater j>.
t,2S SAINT THOMAS DE CANTORBI-RY
bon archevêque de Rouen, et de Gilles, nouvellement élu au siège d'Evreux. Le premier avoue n'avoir pas été présent au sacre et n'être instruit que par ouï-dire de ce qui s'y est passé. 11 ne le raconte pas moins avec un grand luxe de détails (i). Gilles d'Evreux se déclare nettement témoin oculaire et auriculaire (ce qui devait peu le recommander auprès du Pape ; qu'allait-il faire là ?), et il aftirme « sûr son âme » n'avoir rien entendu qui ressemblât au serment dont parle le Pontife romain (2).
La parole d'Arnulf ne nous émeut guère, on sait pourquoi. Il est trop connu pour un de ceux que visait un contemporain, lequel écrivait au Souverain Pontife, après le meurtre de TArchevèque : « Auctor sceleris, domini sui traditor (c'est Roger d'York qui est « ainsi qualifié), invenit commenta, mendicat suffragia^ non quibus « crimen per pœnitentiam deleat sed quibus occultet ; et quod « universus mundus agnovit, mulierculas cantant in triviis, quibus- « dam litteris non impetratis sed potius régis timoré extortis « obnubilare contendit. » Et ailleurs : « Verba Jesum sonant, « opéra diabolum nuntiant : corde fraudes tegunt, verbis dolos « concinnant ; ex ore volât columba, cor serpens amplexatur (3). » Voilà bien caractérisés la tactique des évêques coupables et le rôle de leurs avocats. Du reste, dans sa lettre, Arnulf ne manque pas de s'élever contre le vice de forme qu'il relève dans la procédure suivie par Thomas Becket ; malheureusement c'est le Pape lui-même qui en est coupable^ car l'Archevêque n'a fait autre chose que de transmettre ses ordres. C'est toujours le vieux refrain : on a frappé les évêques sans les citer au préalable, etc.
Mais enfin, admettons que Gilles d'Evreux n'ait rien entendu, que ni Rotrou ni les auteurs d'Arnulf n'aient rien vu de mauvais, dans la cérémonie de Westminster : nous sommes largement autorisés à ne point conclure que le Pape et l'Archevêque ont été mal informés ; n'avons-nous pas vu tout le long de cette histoire des clauses désastreuses tromper les simples par des apparences inoflfensives ? Ne savons-nous pas, du reste^, que le vrai sens donné par le Roi aux termes qu'il employait demeurait inintelligible à quiconque n'avait pas appris dès longtemps à connaître sa phraséologie ? En sommes-nous à voir que plusieurs prélats, tels qu'Arnulf lui-même, comprenant parfaitement le langage du Roi, affectaient vis-à-vis du Pape et de l'Archevêque des airs innocents,
1. Arnulfi Lexov. ad Alexand. Pap. ep : « Quanta sollicitudine « [Ibid., pag. 423V
2. Ad Ale.xandr Pap. ep : « Circa mc':c vocationis >•> [Ibid., pag. 420).
3. Anonym. ad Alexand. Pap. ep : « Nemo potest servire Deo » [Ibid., pag. 486).
LE COUROXNEMEXT 529^
pour permettre à leur maître de faire agréer des formules captieuses? Un jour Arnulf aidera le prince à surprendre l'absolution par une équivoque semblable. Et si à la formule du serment le Roi a fait ajouter seulement deux ou trois mots tels que depuis six ans il en introduisait dans ses divers actes, par exemple ceuxci : « Secundum antiquas regni consuetudines ? » Ou encore : « Secundi regni dignitatem (i) ? » L'evêque d'Evreux, qui n'a pas encore vu sacrer un Roi d'Angleterre, n'y aura rien compris, non plus que les « religieux » dont Arnulf dit tenir ses renseignements ; il aura bien compris, lui évéque de Lisieux, mais il se gardera bien de rappeler que Gratien a rompu la conférence de Bur à cause de ces trois mots, si simples en apparence, dont il avait deviné le sens et la portée. Les deux autres prélats affirmeront que rien ■d'anormal ne s'est passé ; Roger d'York jurera pour sa part « avoir
I. Il est peut-être utile de donner ici la formule même du serment, autant que nous pouvons la connaître. Bernard du Coudrai, dans une lettre au Roi [Materials, t. vu, pag. 452, ep. « Ut innumerabilia »), la lui rappelle et la donne en ces termes: « Ego Henricus, Deo annuente « futurus rex Ang-iia;, profiteor et promitto coram Deo et angelis deinceps -« legem, justitiam, et pacem ecclesias Dei populoque mihi subjecto. » Le Pontifical anglais conservé à la bibliothèque de Douai, msc. du xu" siècle, antérieur à l'année 1170 et dont nous parlerons plus loin, nous donne cette formule, qui est seulement le développement de la précédente (fol. 77, r°) : « Haîc tria populo christiano et mihi subdito « in Christi promitto nomine : In primis ut ecclesia Dei et omnis populus
»« Christianus veram pacem nostro arbitrio in omni tempore servet. « Aliud, ut rapacitates et omnes iniquitates omnibus gradibus interdi- « cam. Tertium, ut in omnibus judiciis aequitatem et misericordiam « prxcipiam, ut mihi et nobis indulgeat suam misericordiam clemens « et misericors Deus, qui vivit et régnât... » D'après Maskell [Moniimenta Ritualia Ecclesiœ Anglicanœ, t. 11, pag. 5, note 4, pages 13 et 14, notes 22, 2T), 24";, cette formule est celle de l'Ordo du couronnement ■du Roi Ethelred en 978, et celle aussi qui fut en usage jusqu'au temps de Henri 1" inclusivement ; d'autre part on la retrouve encore au sacre du roi Edouard II ; il est donc au moins probable que telle était bien la formule à laquelle fait allusion Bernard du Coudrai, qui en donne le résumé, la substance, non les termes. Il est assez évident que l'on avait voulu ou bien en composer une nouvelle, ou plus probablement altérer celle-ci par rintroduction d'une clause formulée en termes captieux. On voit aisément combien il était facile d'introduire un mot favorable aux coutumes, une mention quelconque des « libertés accordées par Henri I""" » ; ainsi ne peut-on imaginer que le 11'' article ait été rédigé
k ainsi : « Ut rapacitates et omnes iniquitates secundum antiquas regni « consuetudines omnibus gradibus interdicam ? » C'était résumer en •deux mots les débats du Parlement de Westminster. I T- "• 34
« reçu dans son intégrité le serment tel que devait le prêter le « jeune Roi, et n'avoir rien omis de ce qui se fait à l'odinaire au « sacre du Roi d'Angleterre. » Si ce n'est pas un nouveau parjure, c'est tout simplement l'exposé de ce que nous venons nousmême de dire : on n'a rien omis des cérémonies, on n'a rien retranché du serment accoutumé; on a, au contraire, ajout/ trois mots d'ailleurs sans importance. Le Pape et l'Archevêque de Cantorbéry n'en auront pas moins le droit de voir là, en réalité, un serment prêté aux statuts de Clarendon, et de s'élever à l'encontre. Une seule observation pourrait, à première vue, infirmer notre conclusion ; c'est que le primat ne formula aucune réclamation à ce sujet, en parlant au Roi non plus qu'en écrivant au Pape ou aux évêques. Mais lui-même a pris soin de nous expliquer ce silence ; et en le faisant il a attesté qu'il tenait pour vrai le fait du serment prêté aux fameux statuts. C'est dans une de ses dernières lettres au Pape que nous trouvons cette explication (i) : « Nous craignons, dit-il, qu'une parole trop dure puisse « blesser l'oreille chatouilleuse de ce puissant Roi, et vienne « gâter ce qui a été fait pour la paix dans les derniers jours. Nous « supplions donc Votre Sainteté d'effacer de ses Lettres toute « mention des excès du Roi, du serment odieux qui a et/ prête, « des coutumes perverses, et de l'omission des engagements que « le nouveau Roi eût dû prendre lors de son sacre. » Il est assez évident que si l'Archevêque n'a élevé aucune protestation sur ces points divers, c'est uniquement pour les raisons que lui-même vient d'énoncer, mais qu'il n'y a rien à conclure de son abstention en faveur de l'innocence de Roger.