LES CIRCONSTANCES DU MARTYRE SI
à l'angle du transept et qu'il ne pouvait connaître, puisque ce monument n'existait pas encore. Mais la renommée lui apprenant avec vérité que saint Thomas était tombé devant un autel, il en a représenté un, qui en fait est celui de la chapelle de saint Benoît, comme le prouvent les récits des biographes, Fitzstephen, Jean de Salisbury, Herbert et l'Anonyme de Lambeth ; le premier et le dernier nomment l'autel de saint Benoît ; les deux autres parlent seulement d'un autel sans désignation du titulaire, mais les récits de Guillaume de Cantorbéry et d'Edouard Grim confirment pleinement et évidemment les paroles de Fitzstephen: « secus aram, « quœ ihi erai, sancti Benedicti. » Ainsi ce détail iconographique est justifié. Plus tard, les artistes précisèrent, mais dans des sens divers; les uns placèrent sur l'autel en question la mître du saint, comme à l'office pontifical on la place sur l'autel majeur; ils y ajoutèrent parfois le calice, et ces détails prouvent qu'ils ne savaient pas au juste de quel autel il s'agissait. Dans d'autres cas, on voit assez clairement que le dessin représente <"< l'autier à la « poynte de l'épée, » tel que l'artiste avait pu le voir à Cantorbéry. Mais plus tard, c'est-à-dire aux temps modernes et surtout sur le continent, on accentua les caractères donnés à la première catégorie de ces miniatures ; on acheva ainsi de fausser la vérité, et l'autel devint bien réellement l'autel majeur de la cathédrale ; ainsi l'entendait Bossuet lorsqu'il prêcha son célèbre panégyrique de saint Thomas Becket.
Enfin sur la peinture du manuscrit Harléien du xn^ siècle remarquons que le saint tombe à genoux ; c'est vraiment un homme qui tombe, et telle est bien la vérité ; ce fut le troisième coup qui le jeta sur les genoux. Au xiv^ siècle on lui donna la même attitude dans une peinture, aujourd'hui détruite, de l'église Saint-Jean, à Winchester [Journal of British archœological Association , n° xxxvii, pi. v; avril 18^4); mais déjà une déviation notable s'était produite, surtout sur les sceaux. On commençait à représenter le martyr à genoux et priant face à l'autel, tournant le dos à ses meurtriers, avant de recevoir le premier coup. De là aux interprétations erronées que nous avons mentionnées et aux représentations fantaisistes que nous voyons de nos jours, il n'y avait qu'un pas ; pour le franchir il ne fallait qu'ignorer un détail : aussi les plus singulières méprises se sont-elles produites.
Une dernière remarque : la peinture qui ornait l'église Saint- Jean à Winchester représentait à terre, aux pieds du martyr et des assassins, le pileolum que nous retrouvons dans l'enluminure du xn^ siècle. Ailleurs nous remarquons qu'il en est question dans
une lettre de Herbert. Seulement dans le msc. Harléien, le pilcolus j
garde la forme d"une sorte de capuchon mobile, et c'est pour- ' quoi nous l'avons désigné par le terme de capuce (page 375);
dans la peinture de Winchester, c'est déjà une large calotte, 1
toute semblable ù celle que les ecclésiastiques portent de nos \
jours. '