‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 333 sur 372 · LES MEURTRIERS S · texte numérisé non relu

LES MEURTRIERS S

par les récits populaires. Guillaume de Cantorbéry ipage 120), contemporain des événements, assure que le fait fut observé avec épouvante, mais chez Robert de Broc, dont les chiens refusèrent le pain pendant un festin qu'il donnait après avoir été frappé d'excommunication par l'Archevêque. C'est évidemment l'origine de la légende relative aux quatre meurtriers.

Les manifestations surnaturelles qui auraient eu lieu au manoir de South-Malling ne sont rapportées par aucun des biographes ni des historiens contemporains. Herbert lui-même, qui accueillit cependant les récits populaires comme nous le verrons, n'a pas même une allusion relative à ces sortes de faits. Si l'ensemble des traditions qui nous occupent offrait un caractère de véracité, nous ne rejetterions pas celle de South-Malling en nous basant uniquement sur l'argument négatif; mais elles sont mélangées, pour la plus grande part, de tant d'erreurs avérées que nous croyons sage d'en écarter les éléments en faveur desquels ne se rencontrent ni un témoignage historique ni un indice de quelque valeur.

La prétendue prison du château de Knaresborough a encore moins de titres que le manoir de Mailing ; dans ce château Moreville était chez lui, et il serait étrange qu'il eût été emprisonné dans un caveau de sa propre demeure ; d'ailleurs il ne fut captif nulle part, un texte> de Guillaume de Cantorbéry nous le prouve. C'est au II" livre des Miracles, § 37 [Materials, t. i, page 19s ', que l'auteur nous raconte comment Hugues de Moreville envoyait à un de ses amis, grand seigneur nommé Robert, un message ainsi conçu : « Je me demande ce que sont devenues notre amitié réci- « proque et notre vieille intimité? Se sont-elles donc si aisément « rompues ? Car voilà bien longtemps que tu ne m'es venu voir. « Fais donc en sorte de ne plus tarder, car je désire te parler. » Cela se passait après le martyre de saint Thomas, et le chroniqueur ajoute que Robert fut très troublé de cette invitation, car il redoutait d'encourir Vexcommunication en visitant le meurtrier de l'Archevêque ; nous aurons tout à l'heure à revenir sur ce détail^ qui indique une date très voisine du 29 décembre 11 70; pour le moment nous remarquons que Moreville n'était pas en prison, qu'il n'y avait pas été, puisqu'il s'étonnait de ne pas avoir vu son ancien ami depuis longtemps ; enfin qu'il ne semblait point redouter d'être jeté dans les fers; tout cela ressort du texte de Guillaume.

Sur la mort des quatre chevaliers^ il faudrait au moins que les diverses légendes s'accordassent pour que l'on fut obligé de les discuter; Herbert, au début de son Liber Meloriun, déclare que les meurtriers partirent tous pour la Terre-Sainte, et que dans l'espace

de trois ans ils moururent. Comment a-t-il pu le croire et le dire, à la fin du xn° siècle? Nous ne nous chargeons pas de l'expliquer; mais c'est un exemple qui prouve clairement ce que nous avons dit dans notre Etude sur les biographes (ci-dessus T. i, Appendice, note A), à savoir qu'on ne peut accepter sans contrôle les récits de Herbert. Il est certain en etïet que Moreville survécut au Roi Henri II, nous l'avons vu plus haut, et la manière en laquelle Herbert raconte la mort de Tracy est en contradiction directe avec une de ses propres lettres que nous avons citée (ci-dessus page 408): or il est clair qu'on doit plus de créance à cette lettre, qui mentionne un fait actuel, qu'à un travail composé plus de vingt-cinq ans après l'événement.

Enfin il n'est pas vrai, malheureusement, que les meurtriers aient d'abord été en Angleterre l'objet d'une réprobation uiuiuime. Le texte de Guillaume, cité plus haut, montre bien que beaucoup redoutaient de les voir, par crainte de l'excommunication et probablement aussi par horreur de leur crime; mais la suite du récit prouve que nombre de gens ne partageaient pas ces sentiments avant que le saint eût triomphé de leur aveuglement par ses prodiges. Nous voyons là en effet une femme qui représente à Robert comment il a grand tort de redouter tout commerce avec Moreville^ attendu que Thomas Becket a seulement subi le châtiment de son audace et de sa révolte contre le Roi. Et ce n'est point là le seul texte de ce genre qu'on puisse remarquer dans le recueil des miracles.

Après avoir éliminé tant d'éléments par l'analyse des légendes, quels sont ceux qui nous restent et qui doivent nous paraître solides? Nous en avons donné le résumé au cours de notre travail (ci-dessus page 408). Ainsi, sur la parole de Ralph de Diceto nous croyons que les quatre chevaliers ont passé environ une année au château de Knaresborough ou dans la contrée environnante. D'après l'ensemble des documents historiques, nous tenons que le Roi ne lésa pas poursuivis ; Moreville qui était un des officiers de la couronne, a perdu son emploi, nous l'avons dit plus haut, mais non pas ses droits de seigneur féodal. Nous savons de source certaine que Tracy s'est mis en route pour la cour pontificale, après s'être confessé à l'évéque d'Exeter. Plus logiques que le doyen Stanley, nous n'hésitons pas à croire que ce seigneur se disposait à passer en Palestine, aA-ant même d'avoir vu le Pape, et qu'il est allé jusqu'à Cosenza ; tout cela sur la foi des deux documents trouvés par le doyen aux archives de la primatiale et qui ne laissent place à aucun doute. Par voie de conséquence nous admettons que Herbert ne s'est pas trompé lorsqu'il a placé à

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