CHAPITRE III
« jour il n'a rien fait ni rien permis de semblable. » Les ports d'Angleterre sont bien gardés, et l'on croit pouvoir écrire pareils mensonges. Le chapelain Guillaume, qui depuis des mois gémit dans les cachots du château de Corfe, n'ira pas donner un démenti à ce serment royal ; les bénéficiers du diocèse de Cantorbéry, violemment dépouillés et remplacés par des intrus, n'oseraient ni ne pourraient sortir de l'île ; et quant au clerc de la cour romaine qui vient d'apporter une Lettre apostolique, il est en sûreté sous de solides verroux. Plus tard il parlera s'il le veut ; pour le moment on est assuré de son silence, et il n'en faut pas davantage.
Le prince ne négligeait pas non plus d'autres moyens, qui devaient, pensait-il, lui amener de précieux alliés. Il multipliait les démarches auprès des comtes de Flandre, de Boulogne et de Champagne, puissants seigneurs dont il redoutait avec raison la coalition. Il savait que Thibaut de Champagne, beaufrère du Roi de France, était comme Louis VII entièrement gagné à la cause de l'exilé, auprès duquel l'un et l'autre allaient souvent chercher des conseils. Philippe comte de Flandre, prouvait également à Thomas Becket sa confiance et son amitié ; le primat, revenu de ses anciennes préventions, ne «voyait plus en lui qu'un ami et ne refusait pas d'avoir avec le noble seigneur des entretiens intimes. Henri travaillait donc de toutes ses forces à détacher de son ennemi des alliés si redoutables, et y consacrait les ressources de sa diplomatie : colloques, promesses de subsides, tout était mis en œuvre. Le Poitou et l'Aquitaine, toujours mal soumis, pouvaient créer un danger dans un moment où Henri avait besoin de la paix : nouveau colloque pour calmer ces
remuants sujets. Du 18 au 30 novembre, le Roi allait de Tours à Chinon et à Rouen avec son activité ordinaire, pour parer autant que possible à toute éventualité. Il était inquiet, voyant le temps s'écouler sans lui apporter de Rome les nouvelles qu'il attendait; car c'était à Rome que se déroulait l'action véritable, et Henri savait bien que son rôle personnel était nécessairement borné à maintenir le terrain libre devant l'homme auquel il avait confié ses intérêts. Cet homme était Jean d'Oxford.
Nous connaissons assez l'agent du Roi, que nous avons vu naguère à Wûrzbourg avec Richard d'ilchester; mais ce n'était là pour lui qu'une halte sur le chemin de la Ville éternelle. Poursuivant sa route avec Jean Cumin et Ralph de Stamford, il passait par le Montferrat, dont le marquis avait naguère fait des avances au Roi d'Angleterre, offrant de procurer la déposition de Thomas Becket si Henri II consentait à donner une de ses filles à l'héritier du marquisat ; c'était un allié qu'on ne devait pas négliger. Les gens du Roi arrivèrent enfin à Rome pour traiter une affaire à laquelle, on le voit, les princes les plus puissants d'Europe donnaient autant d'attention que les hommes d'Église ; tout le monde comprenait bien qu'il s'agissait là d'une question majeure pour les sociétés chrétiennes. Le primat d'Angleterre n'avait pas non plus négligé de se faire représenter auprès du Souverain Pontife, étant plus que personne intéressé à suivre la marche d'une négociation dont il avait vu les débuts avec inquiétude. De là sa réserve en face de l'appel illusoire formulé par le Roi d'Angleterre et par les évêques après les sentences fulminées à Vézelay.
L'excommunication avait, il est vrai, dérangé quelque peu les plans de Jean d'Oxford; mais il n'était