LA FAMILLE DE SAINT THOMAS BECKET
Il pourra être intéressant pour le lecteur de trouver ici quelques renseignements sur les traditions qui nous montrent les lignes collatérales de la famille de saint Thomas perpétuant son nom jusqu'à nos jours. Nous en empruntons une partie à l'ouvrage du R. P. John Morris tant de fois cité dans notre livre, une autre partie à des documents fournis par Monsieur Becquet de Mégille ; enfin nous complétons et relions ces données par celles que nous avons pu trouver nous-méme à des sources très diverses. Nous n'ignorons pas que ce sujet a déjà été traité, et que des hommes de talent ont combattu avec une certaine virulence les «prétentions » dont nous osons nous faire l'écho ; mais nous n'avons nul dessein de nous mêler à ces débats^ et nous nous bornons à enregistrer des faits dont quelques-uns ont été trop légèrement étudiés ; c'est au lecteur que nous laissons le soin de prendre parti, s'il le juge convenable. Voir un mémoire de M. Darsy, membre de la Société des Antiquaires de Picardie (Amiens, 1884), et un autre de M. l'abbé Renet, Supérieur du grand séminaire de Beauvais, Société académique de V Oise, t. XIII (1886). Ces deux mémoires sont dirigés l'un contre l'autre.)
Au début de cette histoire nous l'avons déjà dit, Thomas Becket avait trois sœurs, nommées Marie, Agnès et Rohesia ; nous ne lui connaissons pas de frère. Trois ans après le martyre, Marie était abbesse du célèbre monastère de Barking, et le chroniqueur Garnier de Pont-Sainte-Maxence recevait d'elle un palefroi harnaché, comme récompense du soin qu'il avait mis à composer la biographie de saint Thomas (i). Agnès nous est connue par l'acte en vertu duquel fut fondé l'hospice de Saint-Thomas d'Acre, sur l'emplacement de la maison où le saint et ses sœurs étaient nés.
I. Le nécrologe de Cantorbéry porte cette mention : XII Kal. Febr. obiit Maria Abbatissa de Berkin, soror beati Thomae Martyris. (Cotton, ms. Nero C. ix, 2, fol" F.
C'est Agnès qui fit cette fondation, se disant veuve de Thomas, fils de Thibaut de Helles, Tipperary (i). Sur un autre acte, par lequel l'hospice de Saint-Sauveur de Bermondsey reçoit d'Agnès une rente de dix shellings, nous trouvons comme témoin sir Thibaut, « neveu du bienheureux Thomas le Martyr ». Le nom de Thibaut nous montre que c'est bien là le petit-fils de Thibaut, de Helles, partant le fils d'Agnès. D'après le Père Campion (2 ), Henri II aurait voulu qu'une branche de la famille prît le nom de Becket, après la réparation solennelle faite par le monarque ; c'était évidemment parce que ces neveux du saint ne portaient pas son nom et descendaient de Gilbert Becket par la ligne féminine. Or cette branche, d'après le même auteur que nous comptons aujourd'hui au nombre des saints martyrs, cette branche serait celle des comtes d'Ormond, en Irlande. Cette noble famille, dans une pétition adressée en 1434 au Parlement, affirma en effet descendre d'Agnès, sœur de saint Thomas ; et il faut remarquer que celle-ci avait été mariée à un membre d'une famille établie sur le territoire de Tipperary. Au reste, dès le xiii^ siècle, les Becket nous paraissent fixés dans le sud-ouest de l'Angleterre, si voisin de l'Irlande. En 1208, 'W'illiam Becket hérite de son parent Herbert, archidiacre de Cantorbéry, qui possédait certaines propriétés en Glocestershire. En 1326^ un certain Richard était seigneur de Tudeworth, Wiltshire, manoir que nous voyons en 139 1 en la possession de Richard Beckett. Celui-ci obtint^ cette même année du Roi Richard II, la confirmation de ses biens en Southampton, qui passent en 1398 et 1412 à ses héritiers directs. Nous arrivons ainsi, toujours en suivant la même descendance, jusqu'aux années 1560 et 1623, où une enquête officielle reconnaît la généalogie de la famille Beckett, de Wilton. Toutes les propriétés ainsi énumérées se trouvent dans l'ouest et le sud-ouest de l'Angleterre. [Tablet, 11 février i888, article de M. Arthur William h Beckett).
Outre sir Thibaut, mentionné plus haut, Agnès eut encore au moins un autre fils, que nous connaissons par une lettre d'Alexandre III à Guillaume de Champagne, archevêque de Sens (3). En efiet, nous voyons mentionnés là deux neveux de saint Thomas, Gilbert et Geoffroy, qui sont cousins, dit le Pape. Lequel des deux
1. Cfr. Robertson, Becket, a hiograpliy, pag. 353. L'obit d'Agnès est marqué au même nécrologe ainsi c|u'il suit : IV Id. Fcbr. obiit Agnes, soror beati Thomie Martyris.
2. Hisiory of Irclaud, cap. ir. (Dublin 1633. Réimprimé en 1809); cité par le R. P. John Morris, page 505.