CHAPITRE III
prenant plaisir à semer autour de lui la rancune et le mécontentement. N'eut-il pas, en traversant les terres de France, la maladresse de faire connaître une dispense arrachée au Pontife romain pour le mariage de Geoffroy, dernier fils de Henri, avec Constance, fille de Conan, héritière de Bretagne? Le Roi d'Angleterre tenait beaucoup à cette alliance, dont on comprend aisément la portée ; mais pour les mêmes raisons Louis le Jeune avait voulu empêcher le mariage, en faisant observer d'ailleurs que les deux jeunes gens étaient parents au troisième degré. Jean d'Oxford avait réussi à obtenir dispense sur ce point en cour de Rome, et il se montrait assez mal inspiré pour venir s'en vanter sur les domaines du Roi de France. Quant aux résultats de ses négociations relativement au conflit qui tenait en suspens l'occident tout entier, Jean prenait sur lui de les commenter et de les amplifier à sa manière. Après avoir promis au Pape l'abandon des Coutumes, il allait maintenant répétant que le Pape les avait sanctionnées ; que le Souverain Pontife avait soustrait à toute juridiction épiscopale et le Roi Henri et lui-même Jean d'Oxford i). Les pouvoirs de l'Archevêque de Cantorbéry étaient suspendus, disait l'ambassadeur, et les légats qui allaient venir auraient à juger sans appel.
Continuant sa route, et laissant derrière lui la France en proie à la plus vive agitation, Jean passa la mer ; écoutons Thomas Becket lui-même qui va nous donner le détail des actes et des paroles du présomptueux agent du Roi ; il les tient d'un témoin oculaire et il écrit à un de ses mandataires en cour romaine (2) :
[ I. Materials, t. vi, page 140.
|! 2. Ibid., page 151. Thom. Cant. Joanni clerico suo ep. : « Quomodo
Il de novo ».
« En débarquant sur la côte d'Angleterre, Jean « d'Oxford rencontra notre frère l'évêque de Hereford, « qui attendait un vent favorable pour traverser le « détroit, mais dans le plus grand secret, afin d'échap- « per aux officiers royaux. Jean lui défendit de donner « suite à son projet, et ce au nom du Roi et de Sa « Sainteté le Pape Alexandre. Robert de Hereford « demanda communication des lettres que Jean devait « avoir pour oser parler ainsi ; l'ambassadeur affirma « qu'il les avait en effet, mais qu'elles se trouvaient « dans ses bagages, lesquels avaient été expédiés à € Winchester, soit à douze milles environ de Sout- « hampton. Au surplus, en vertu de ces rescrits, il « était, disait-on, interdit à l'évêque de Hereford et « à tous ses collègues d'obéir à aucune citation, à « aucun ordre de notre part, jusqu'à l'arrivée du légat « c7- Jatere dont le Roi avait obtenu la nomination ; « or le légat était en route avec pleins pouvoirs pour « prononcer sur l'appel des évêques et sur le fond « du débat. Robert de Hereford réfléchit sur une « déclaration aussi grave, et se résolut à envoyer « jusqu'à Winchester maître Edouard, de qui je tiens « ce récit et à la véracité duquel je m'en rapporte. « On put enfin voir les lettres en question ; l'évêque <f de Londres était là, car il attendait comme Robert << pour passer la mer. En lisant ces documents, Gilbert « ne sut pas contenir sa joie, et s'écria : Désormais « Thomas n'aura donc plus à faire chez moi comme « Archevêque! Jean d'Oxford ajouta que personnelle- '< ment il avait obtenu le privilège de ne pouvoir être « censuré ni même réprimandé par nous, sauf en la « présence du Pape, comme aussi la faculté d'offrir le « doyenné de Salisbury à qui bon lui semblerait ; il <i proclama enfin que notre autorité était suspendue