CHAPITRE III
« sur tous les points jusqu'à l'arrivée des légats.
« Si tout cela est véritable, continue Thomas, il « n'est que vrai de dire que le seigneur Pape a noué « de ses mains la corde pour nous pendre, nous, le « Souverain Pontife lui-même, et tout l'ordre ecclésias- « tique dans les deux royaumes de France et d"An- « gleterre. Que n'oseront pas, désormais, contre le « clergé les rois de la terre, forts d'un si lamentable « précédent? Sur qui pourra compter l'Eglise romaine, « si elle abandonne ainsi ceux qui se lèvent pour sa « cause et luttent pour sa défense, dût-il leur en coûter « la vie? Qu'espérera Sa Sainteté, du jour où le Roi « et d'autres seront nantis de tels privilèges ? Ils les « légueront à leurs descendants, auxquels nul ne pourra « plus arracher des droits aussi exorbitants. Et puis « d'autres rois viendront extorquer de gré ou de force « des privilèges semblables pour eux-mêmes ; jusqu'à « ce qu'enfin la liberté d.e l'Eglise périsse entièrement, « et avec elle le pouvoir et la juridiction des évê- « ques. Alors il n"}' aura plus personne pour s'opposer « aux tyrans. Ils ont concentré aujourd'hui tous leurs « efforts contre l'Eglise de Dieu et ses ministres : ils « ne se lasseront pas que le niveau de l'esclavage n'ait « passé là comme sur tout le reste de l'Etat.
« Quelle sera la fin de tout ceci ? Nous ne le voyons « pas encore ; mais que ces nouvelles soient vraies '^ ou fausses, ce que nous savons bien, c'est que nous « sommes écrasés. Clercs, abbés, évêques, tout le « monde se croit affranchi envers nous du respect « et de l'obéissance ; on dirait vraiment que notre « déposition est un fait accompli. Que le seigneur « Pape soit cependant bien assuré d'une chose, c'est « que rien ne pourra nous persuader d'aller plaider « notre cause sur les terres du Roi, ni d'accepter nos
« ennemis pour juges ; et par le mot d'ennemi j'en- « tends désigner tout spécialement sa Seigneurie le « cardinal Guillaume de Pavie, qui a soif de notre « sang. Il brûle d'occuper notre siège, qui lui est « promis, dit-on, s'il parvient à débarrasser le Roi de « notre gênante personne.
« Nous avons encore un autre sujet de douleur ; « les grands du pays de France, évêques ou barons, « semblent maintenant désespérer de notre cause. Ils « nous ont renvoyé nos infortunés compagnons d'exil, « que leur charité avait d'abord accueillis. Ces pauvres « gens périront donc tous de froid et de misère, comme « déjà il est arrivé à quelques-uns d'entre eux ! Ayez « soin de faire entendre tout cela au seigneur Pape ; « si, comme nous l'espérons, le zèle de Dieu l'anime « toujours, il prendra des mesures pour nous venir « en aide. »
Malheureusement l'exilé sut bientôt à quoi s'en tenir sur les véritables dispositions prises par le Souverain Pontife: des Lettres apostoliques arrivèrent, adressées à l'Archevêque de Cantorbéry, aux évêques et au Roi d'Angleterre (i); et si Thomas put se convaincre que le Jureur avait mêlé h ses récits beaucoup d'audacieux mensonges, du moins de ses rapports exagérés trop de vrai demeurait encore. ^
A l'Archevêque, le Pape écrivait pour notifier la ■ nomination des légats, aux bons offices desquels il espérait devoir bientôt le rétablissement de la paix ; puis le Saint-Père enjoignait à Thomas de se prêter de toutes façons à un arrangement, ^i sauf l'honneur « de l'Archevêque et de l'Église /> ; cette dernière clause était répétée deux fois dans la lettre pontifi-