CHAPITRE I
« niers rejetons de votre race. Autrement je craindrais « que la guerre ne fût à perpétuité dans votre maison ; « à Dieu ne plaise ! »
Ces derniers mots pourront passer pour prophétiques aux yeux de qui connaît l'histoire de Henri II, et surtout celle de ses fils, toujours divisés entre eux et sans cesse armés contre leur père.
Le message dont se chargeait l'abbé de Cercamp n'était pas le premier que des moines cisterciens eussent porté au Roi, et Urbain devait savoir à l'avance à quoi il s'exposait, car Henri II avait témoigné une vive irritation de voir l'Ordre prendre ainsi parti pour son antagoniste. Il s'en était expliqué en termes fort vifs à l'abbé de Citeaux lui-même (i), et, chose triste à constater, pour avoir rempli une de ces missions si difficiles, un des moines avait encouru de la part du chef de l'ordre des peines qui motivèrent l'intervention du Pape (2). Guarin de Galardin, comme Père immédiat de Cercamp, n'hésita pas à se montrer plus généreux, et Urbain partit pour aller trouver le Roi d'Angleterre. Mais il dut promptement revenir, sans avoir pu faire autre chose que remettre la lettre à son adresse : Henri l'avait durement congédié.
Cela se passait vers le mois d'octobre 11 65 (3). Thomas recourut à la prière avec plus d'insistance que ■jamais, et peu après revint à la charge sans se décourager du premier insuccès. Mais disons tout de suite qu'il députait en même temps à Rome quelques-uns de ses familiers, chargés d'insister derechef auprès du Pape, afin d'obtenir pour l'Archevêque de Cantorbéry les pouvoirs de légat apostolique en Angle-