CHAPITRE m S
cale, où l'on est heureux de la lire, car c'étaient précisément ces simples mots qui avaient jeté le primat en exil. Par conséquent, bien qu'Alexandre III ne pût celer entièrement la méfiance qu'on avait su lui inspirer à l'égard de l'Archevêque, celui-ci pouvait encore être certain de se trouver avec le Pape en communauté de principes.
Deux autres lettres donnaient malheureusement à la mission des légats un caractère extrêmement dangereux, attendu les dispositions trop connues de Guillaume de Pavie. Aux évéques d'Angleterre, Alexandre III écrivait du Latran, le i" décembre, afin de présenter les deux cardinaux comme envoyés, disait-il, de latere nostro^ avec pleins pouvoirs pour connaître de la cause pendante entre le Roi et l'Archevêque, comme aussi de telle autre qu'ils jugeraient devoir entendre et juger canoniquement, selon que le Seigneur le leur permettrait. Le Pape ajoutait à cette délégation déjà si étendue les facultés nécessaires pour absoudre les conseillers du Roi excommuniés par Thomas Becket ; que s'ils se trouvaient en danger de mort avant l'arrivée des légats, le Pape donnait pouvoir de les absoudre à tel évêque ou religieux qu'ils choisiraient, sous la condition que ces personnages prêteraient serment de se soumettre au jugement du Saint-Père en cas de guérison. Au Roi enfin, Alexandre III disait envoyer les cardinaux « dans la plénitude de sa puissance, leur confiant le « soin de remplir en toutes choses l'office du Sou- « verain Pontife^ avec les pleins pouvoirs que l'Église « romaine a coutume de conférer à ses légats. » Un ami fit connaître à l'exilé cette troisième lettre, dont il lui procura copie sous la condition du plus profond secret. C'était une preuve de confiance, alors
qu'on apprenait que les documents les plus graves et les plus intimes pouvaient être livrés à de redoutables ennemis; mais l'Archevêque n'avait rien à apprendre dans cette lettre au Roi, sinon à constater qu'après lui avoir prodigué, à lui Thomas, les exhortations les plus pressantes pour le déterminer à souhaiter la paix, le Pape n'avait pas un mot du même genre à l'adresse du Roi d'Angleterre. Il semblait vraiment que l'obstination de l'Archevêque fût le seul obstacle à une réconciliation ; mais on ne nous croirait pas, on n'imaginerait pas quelles illusions l'on avait su faire naître dans l'esprit du Pontife, si nous ne citions un long extrait de sa lettre au primat :
<' A nos yeux, lui disait Alexandre 111, la paix « que Nous obtiendrons pour vous intéresse à tous « points de vue la nôtre et celle de l'Église, et Nous « la souhaitons surtout parce que Nous en espérons « fermement un grand bien pour l'Église universelle. «.Que votre Fraternité voie donc dans ces Lettres les « supplications, les conseils, l'ordre même que Nous « lui adressons, de considérer avec la plus grande « attention les dangers des temps que nous traver- « sons, le besoin qu'a de votre présence et de votre « direction l'Église confiée à vos soins ; en consé- « quence montrez-vous aussi disposé que possible à « conclure la paix avec le Roi, pour autant qu'il « se pourra faire en sauvegardant votre honneur et « celui de l'Église. Que si tout n'allait pas au gré « de vos désirs, dissimulez quant à présent, et « comptez sur le temps pour vous permettre de res- « taurer graduellement l'ancien état de choses, avec « l'aide de Dieu. Sur votre demande Nous avons « écrit à l'illustre Roi de France, notre très cher fils