CHAPITRE IV
par les deux parties. Le Roi au fond ne souhaitait pas autre chose, et sa colère, ses hésitations, ses récriminations, n'étaient qu'un marchandage.
A Sens, Thomas n'entendait plus rien dire des cardinaux, et se demandait ce que signifiait un tel silence, lorsqu'il reçut une lettre du cardinal Odon. Celui-ci priait l'Archevêque d'obtenir du Roi de France un sauf-conduit pour permettre aux envoyés du Pape de venir à Paris. C'était le début de la négociation politique imposée par Alexandre III, et il devenait clair que les deux questions allaient se traiter simultanément. Thomas s'empressa d'aller trouver Louis le Jeune, et obtint de lui la levée de l'interdiction naguère signifiée aux légats de mettre le pied sur le territoire de France. Guillaume de Pavie voulut bien en remercier l'Archevêque, et celui-ci en réponse pria le cardinal de l'avertir un peu à l'avance du jour où il se rendrait à Paris ; car il désirait lui parler pour connaître enfin ses plans ; or il avait besoin de quelque répit pour préparer le voyage de Sens à Paris, n'ayant pas de montures suffisantes à sa disposition, car tous les chevaux avaient été mis en réquisition pour la dernière campagne (i).
Louis VII fit aux cardinaux un accueil bienveillant, et sa satisfaction fut entière, lorsqu'il eut reçu d'eux les meilleures assurances quant aux intentions du Pape et à leurs propres vues au sujet de l'Archevêque (2). Le Roi de France n'avait pu calmer encore l'indignation que lui avait causée le voyage de Jean d'Oxford ; mais les bonnes paroles des légats rendirent
1. Materials, t. vi, pages 242-243, ep. « Ex litterarum vestrarum tenore ».
2. Ibid., page 246, Thomce Cant. ad Alexand. Pp. ep. « Miseriarum cumulus ».
SAINT THOMAS DE CANTORBliRY
la paix à son loyal cœur, toujours prompt à croire le bien, et il ne tarda pas à en écrire au Souverain Pontife (i).
Un colloque fut décidé, auquel le Roi Louis se rendrait avec l'Archevêque, et où seraient traitées les deux questions politique et religieuse. Le Vexin, toujours contesté entre les deux couronnes, devait être le théâtre de la conférence, mais en quel lieu précis ? Sur ce point il fallait prendre l'avis du primat exilé. Les cardinaux lui offraient un sauf-conduit pour venir les trouver sur les domaines du Roi d'Angleterre, à quelque distance de la frontière ; Thomas refusa positivement. Guillaume de Pavie eut l'air d'en être surpris, et voulut bien avoir la bonté de se rendre au lieu nommé Les Planches, qu'indiquait l'Archevêque, entre Gisors et Trie, à peu de distance également de la frontière, mais sur le territoire français ; les cardinaux savaient que le Roi Louis ne les ferait pas enlever. Restait à fixer la date : les deux légats proposèrent la fête de saint Martin ; à quoi Thomas objecta que dix jours lui restaient à peine pour se procurer des chevaux et pour réunir les conseillers dont il avait besoin; car ses fidèles étaient dispersés, ayant pris gîte là où des demeures hospitalières s'étaient ouvertes devant eux. Guillaume consentit encore à reculer de huit jours la date proposée, afin de mettre en pleine lumière son inépuisable condescendance, et le colloque fut définitivement fixé au 18 novembre.
I. Materials, t. vi, page 295, ejusd. ep. « Mittimus sanctitati xostra" ».