LA CONFÉRENCE DES PLANCHES
Pour se rendre aux Planches, l'Archevêque n'avait que trois chevaux ; c'était trop peu pour lui et sa suite. Heureusement le Roi Louis eut connaissance de sa détresse, lui procura en temps utile toutes les montures nécessaires, et envoya des ordres pour qu'au lieu de leur séjour à Trie le primat d'Angleterre et les siens trouvassent le vivre et le couvert largement assurés. Thomas se mit donc en route pour le Vexin avec les amis qu'il avait appelés auprès de lui comme conseils pour la circonstance, Jean de Salisbur}^, Herbert de Bosham, Lombard de Plaisance, Alexandre le Gallois, et une douzaine d'autres fidèles. Pendant la nuit qui précéda le colloque, il vit en songe le Roi d'Angleterre lui présenter dans un hanap d'or un vin trouble à la suface duquel s'agitaient d'horribles araignées.
Au matin du 18 novembre, le primat trouva les deux légats aux Planches, assistés du seul archevêque Rotrou de Rouen, qui était de toutes les négociations conciliatrices ; quant au Roi d'Angleterre, il n'était pas venu.
Les cardinaux ouvrirent la conférence par un long préambule, où ils redirent les bonnes intentions du Saint-Père et la sollicitude qui les animait eux-mêmes
pour le rétablissement de la paix, pour le bien et la sauvegarde de l'Archevêque de Cantorbéry. Guillaume se crut obligé d'expliquer toutes les difficultés dont son voyage avait été hérissé ; après quoi vinrent des considérations étendues sur la grandeur et la puissance du Roi Henri II et son caractère inflexible, sur le malheur des temps et les nécessités au milieu desquelles se débattait l'Église. Le légat ne put même manquer l'occasion de rappeler toutes les faveurs accumulées jadis par le Roi d'Angleterre sur la tête de Thomas, et en regard exposa tous les griefs articulés par le prince contre le primat d'Angleterre. Le plus récent était, nous le savons, la guerre que Henri avait à soutenir contre la France et la Flandre coalisées.
Les cardinaux, après cet exposé, demandèrent à Thomas, en manière de péroraison, quels moyens lui paraîtraient propres à fléchir le Roi, pourvu que ce fussent des moyens empreints de la plus grande modération et marqués au coin de l'humilité ; car à ce prix seulement pouvait-on espérer calmer le courroux du redoutable souverain et parer à de graves dangers.
L'Archevêque avait écouté patiemment toutes ces choses qu'il savait d'avance, quelques-unes même beaucoup plus pertinemment que les cardinaux. Leur discours terminé, il se leva, l'œil brillant, le visage légèrement coloré, mais parfaitement maître de luimême. Dans un latin facile, d'abord il remercia le Saint-Père et les deux légats de l'intérêt témoigné à sa cause ; puis sans autre préambule entama la réfutation des griefs du Roi. Mais comme leurs Seigneuries avaient oublié de mentionner ceux de l'Église, l'Archevêque prit soin de suppléer à leur silence, et le fit avec une clarté surabondante. « Quant à la guerre