CHAPITRE I
barons, en un mot ceux qui ont mission de présider aux intérêts du siècle, pour que tout concoure à la paix et à l'unité de l'Église. C'est elle, nul n'en doute, qui transmet aux rois leur puissance, et non pas elle qui reçoit d'eux son pouvoir, car elle le tient du Christ. « Souffrez donc que je vous le dise : vous n'avez point « à donner aux évêques d'ordre pour absoudre ni « excommunier personne ; vous n'avez point à traîner « les clercs par-devant les tribunaux laïques, ni à « juger des questions de bénéfices ecclésiastiques ; « non plus qu'à interdire aux évêques de juger les « causes où est intéressée la foi du serment, ni tant « d'autres droits du même genre, inscrits pourtant dans « la charte des coutumes que vous dites établies par « vos ancêtres.
^< Que mon seigneur et roi daigne donc prêter "i l'oreille aux conseils de son dévoué serviteur, aux « avertissements de son évêque, à la réprimande « de son père ; » qu'il n'ait plus désormais commerce avec les schismatiques et n'accepte plus leur communion. Le monde entier sait avec quels sentiments de respect vous avez reconnu le seigneur Pape, honoré l'Eglise romaine, et de quelles marques d'honneur vous avez été payé en retour : ne déniez donc plus à cette même Église les droits qui sont les siens ; « rendez-lui dans vos états la liberté « qui partout ailleurs est la sienne. Qu'il vous sou- « vienne du serment prêté par vous et dont la « charte fut par vos mains déposée sur l'autel de « Westminster : vous promettiez de sauvegarder la « liberté de l'Église, en ce jour où l'onction royale « coula sur votre tête des mains de notre prédéces- « seur. Cette Église de Cantorbéry, à laquelle vous '< devez votre sacre et votre élévation, rendez-lui la
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« situation qu'elle occupait au temps de vos devan- « ciers et des nôtres ; remettez entre nos mains les « domaines qui lui appartiennent ainsi qu'à nous, « terres et châteaux distribués naguère au gré de « votre bon plaisir, en un mot tout ce qui a été « ravi aux clercs et aux laïques dont nous sommes « le chef. Et à nous-méme enfin, daignez nous per- « mettre de remonter en paix, en toute liberté, en « ple'ine sécurité, sur notre siège, et de vaquer libre- « ment à notre ministère selon que nous le devons « et que le besoin s'en fait sentir. En retour, vous « nous trouverez prêt à vous servir fidèlement, avec « un dévouement sans réserve, de toutes nos forces, « comme notre seigneur et roi très-aimé, en tout ce « qui ne lésera pas l'honneur de Dieu, de l'Église « romaine, ni les prérogatives de notre ordre. Que « si vous teniez une autre conduite, sovez assuré << que vous n'échapperiez pas aux rigueurs ni à la « vengeance de Dieu. //
Tel était le programme des revendications que l'Archevêque de Cantorbéry formulait dès le début des négociations ; c'était en résumé l'exposé pur et simple des droits de la justice, le vol ne pouvant être absous s'il n'y a restitution. Mais c'était bien aussi la meilleure de toutes les politiques : d'abord parce que, nous le répétons, nulle paix n'est possible en dehors de la justice ; et puis, parce qu'il était habile de poser sans retard la question dans son vrai jour. Si plus tard d'autres veulent donner le change et tenter des conciliations basées sur des malentendus, leur tentative désastreuse sera d'avance frappée d'impuissance : l'exilé ne se départira pas de son programme, et y ramènera obstinément toutes les négociations.