‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 61 sur 372 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Quelques jours après être rentré à l'abbaye de Sainte- Colombe, Thomas recevait d'un de ses familiers la lettre suivante (i) :

« Le jeudi après l'octave de saint Martin, les cardinaux étaient à l'abbaye du Bec, le lendemain à Lisieux, le surlendemain à Saint-Pierre-sur-Dive, le quatrième jour enfin, c'est-à-dire le dimanche qui précédait l'Avent, à Argentan. Le Roi vint a leur rencontre jusqu'à deux lieues de la ville, leur fit l'accueil le plus affable, et les conduisit jusqu'au logis qui leur était préparé. Le lendemain lundi, après la messe et d'assez grand matin, mandés par le Roi, ils entrèrent dans la chambre du conseil avec les archevêques, les évêques et les abbés. La séance dura deux heures environ ; après quoi ils sortirent accompagnés du Roi jusqu'à la porte extérieure de la chapelle ; et pendant ce court trajet le seigneur Roi dit tout haut, à leurs oreilles: Puissent mes yeux ne plus jamais voir de cardinaux ! Il avait si grande hâte de les congédier que, sans vouloir attendre l'arrivée de leurs montures et malgré la proximité de leur demeure, il les força à prendre les premiers chevaux venus, et les fit partir escortés de trois ou quatre personnes. Évêques et abbés demeurés avec le Roi rentrèrent alors dans la chambre du conseil, où la séance dura jusqu'à l'heure des vêpres environ ; les prélats se transportèrent ensuite chez les cardinaux ; mais ils avaient tous l'air de gens fort troublés. Après quelques instants on les vit sortir et se rendre chacun chez soi. Le lendemain nouveau conseil avec le Roi, nouveau recours aux cardinaux, puis retour chez le Roi, puis chez les cardinaux; allées et venues continuelles et mystérieuses. Le jour sui-

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