CHAPITRE V 9s
entendu parler d'une sentence d'excommunication lancée par vous contre lui, et qu'il avait dès lors formé un appel, renouvelé devant les cardinaux. Un clerc de l'archidiacre de Cantorbéry et un moine de Sainte-Trinité ont agi de même (i).
« Après tous ces discours, les appelants ont demandé aux cardinaux de consulter le sort, et la réponse a été censée favorable à l'appel (2).
« Les cardinaux sont partis le mardi après le dimanche Ad te levavi (3) ; mais au moment où ils pre-
1. Le prieur du monastère de Christchurch était mort ; pour obtenir la liberté d'élire son successeur et n'être pas plus long-temps livrés aux malversations de Randolf de Broc, lequel était censé administrer les biens de TArchevêché, les moines avaient député leur confrère vers le Roi, au lieu de s'adresser à TArchevêque. C'était se ranger aux articles de Clarendon. Pour se faire bien venir du prince, le religieux eut la malheureuse idée de se porter appelant avec les prélats réunis à Argentan. Il eût été fort en peine de dire de quoi il en appelait, l'Archevêque n'ayant fait que du bien au monastère. Il en fut puni par les quolibets des laïques présents à l'assemblée, et plus tard par une sévère admonition de Jean de Salisbury (ad Will. Britonem, subpriorem Cantuar. ep. « Reflorescit ». Materials, t. vi, page 298).
2. C'est ainsi que nous traduisons la phrase dont voici le texte latin : « Facta itaque appellatione, petierunt apostolos a cardinalibus, et dati « sunt eis appellatorii, sicut creditur ». L'éditeur des Materials constate que ses quatre manuscrits portent bien le mot apostolos ; il suggère la correction epistolas ; mais c'est unei supposition gratuite en présence de la version unanime des manuscrits, d'autant que pas un d'eux ne dit ensuite appellatoriœ, comme le suggère encore l'éditeur. Il nous semble que c'est ici un exemple de la coutume usitée depuis longtemps, au XII* siècle, de consulter le sort en ouvrant au hasard soit l'évangéliaire, soit le psautier, soit le livre des épîtres canoniques ; d"où le terme de Sortes apostoloruni 'Cfr. Ducange, Apostoîi, Sortes apostolonnii). Le premier verset qui tombait sous les )'eux était censé présager l'avenir ; on comprend alors la restriction un peu narquoise du correspondant de Thomas : « sicut creditur ». Ajoutons que l'on n'a nulle trace de lettres délivrées aux évèques appelants par les cardinaux, dans un but qu'on ne pourrait d'ailleurs guère deviner ; car les prélats n'avaient pas besoin de lettres de ce genre pour former et poursuivre leur appel, tout illusoire qu'il fût.
3. Nous ne pouvons nous empêcher de signaler ici une méprise assez significative de l'éditeur des Materials. Le teste porte : « tertia feria
1^6 SAIM mOMA^ l>\-: CANTORBÉRY
naient congé du Roi, celui-ci fit auprès d'eux les instances les plus humbles, les priant d'intercéder auprès du Pape afin que Sa Sainteté le débarrassât de vous décidément ; sur quoi il se mit à pleurer devant tout le monde. Le seigneur cardinal Guillaume fit semblant d'en faire autant ; mais son collègue eut grand'peine à s'empêcher de rire.
« En définitive le seigneur Guillaume de Pavie a dépêché auprès du Pape un clerc, parent de maître Lombard, me dit-on; le Roi envoie aussi deux agents ;... en outre, le samedi avant le IF dimanche de l'Avent, les cardinaux étaient à Evreux, et de là ont député vers vous deux envoyés, chargés de vous notifier l'appel formé par les prélats. Ces gens sont porteurs de lettres que vous écrivent les cardinaux, et dont voici le résumé : après vous avoir salué, après vous avoir reconnu le titre de légat du Siège apostolique (i), on termine en vous défendant de jeter aucun interdit sur le royaume d'Angleterre ou sur les sujets du Roi : et ce, de par l'autorité des cardinaux et celle du seigneur Pape. Le seigneur Odon mande secrètement au Saint-Père qu'il ne veut être ni l'auteur ni le complice
post Ad te Icvavi >■>. En note, Robertson, chanoine de la métropole de Cantorbéry, nous dit : « Ces mots signifient mardi après vêpres, où se « chantait le ps. 122" qui commence par ces mêmes mots ». Pour être logique et complet, lerév. cha.noine eût dû dire que les cardinaux étaient partis après le I^' psaume des vêpres, au milieu de l'office ; car tel est le rang assigné par la liturgie romaine au ps. Ad te Jevavi ociiJos meos. Mais voilà bien une preuve que l'église anglicane a rompu la chaîne de la tradition catholique. Son Prayer Book ne lui dit plus que, dans le langage du moyen âge. Ad te îevavi était le nom du 1" Dimanche de TAvent, Tintroït du jour commençant par ces mots, tirés du ps. 24' : Ad te Jevavi aniiiiaiii mcam. La liturgie romaine au contraire continue à chanter ces paroles, et prouve par ces détails même qu'elle demeure en possession de la tradition, tandis que les sectes séparées l'ont perdue. I. Ce détail est faux ; nous avons la lettre des cardinaux (« Innotuit régi ») ; elle ne porte pas la reconnaissance du titre de légat.