‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 68 sur 372 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

s'il était porté ; dans le camp du Roi chacun manœuvrait pour le prévenir, et l'appel des évêques, les inhibitions signifiées par les cardinaux à Thomas, n'avaient point d'autre but. Mais le primat pouvait nettement distinguer vers quel point évoluaient de concert tous ses adversaires, de quelle position capitale ils cherchaient à se rendre maîtres : c'était vers le Saint-Siège que convergeaient tous leurs efforts.

Les évêques, c'est-à-dire le petit groupe qui se permettait d'agir en leur nom, notifièrent leur appel au Saint-Père, dans une lettre qui était purement un sommaire du discours prononcé par Gilbert Foliot à la réunion d'Argentan (i). On osait bien y répéter que Thomas peignait sous de fausses couleurs les coutumes du royaume ; on disait cela au Pape qui les avait condamnées sur le vu de la charte originale de Clarendon! Au reste l'appel était ridicule et insoutenable au point que les prélats y renoncèrent, et Alexandre III ne voulut les punir qu'en les humiliant par une lettre de pardon, devenue trop nécessaire (2).

Bien plus redoutable était la manœuvre des cardinaux, et Guillaume de Pavie nous apparait comme le véritable inspirateur de la stratégie régaliste. Tandis que, d'accord avec les prélats anglais, il s'efforçait de lier les mains de l'Archevêque, il envoyait à Bénévent une relation de la conférence des Planches, destinée à fausser les faits aux yeux du Souverain Pontife, et à présenter l'exilé de Sens comme l'unique obstacle à la paix (3). A chaque pas de ce fallacieux récit l'on trouve le mot perfide ou l'omission calculée ; c'est ainsi que ce pacificateur écrivait l'histoire. A la cour même

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