CHAPITRE VI lO
négocia avec Louis Vil un projet de traité, qui devait distraire en fait le Maine, l'Anjou et l'Aquitaine des états de Henri Plantagenet, en donnant ces provinces comme apanages indépendants aux deux fils aînés du Roi d'Angleterre. Henri Court- Mantel et Richard, dit plus tard Cœur-de-Lion (i). Henri II parut se prêter à une paix si désastreuse, qu'au fond il était bien résolu à ne pas accepter : aussi prolongeait-il les négociations, tout en essavant des surprises déloyales contre les barons du Poitou. La ligue n'en devint que plus étroite; Henri alors parla de partir pour Jérusalem ; mais Louis le Jeune répondit qu'il en croirait quelque chose lorsqu'il verrait la croix sur l'épaule de son vassal ; trompé tant de fois, il n'acceptait plus de promesses sans garanties. Le Roi d'Angleterre dut en venir à un nouveau colloque, indiqué sur les bords de l'Huisne à la Ferté-Bernard, pour le i" juillet iioS; et voulant se donner les dehors les plus agréables au Roi Louis, il insista auprès du comte de Flandre pour que l'Archevêque de Cantorbéry parût à l'entrevue, déclarant vouloir faire sa paix avec le primat. Philippe de Flandre pressa donc Thomas, qui se souciait peu de nouvelles conférences, les jugeant destinées à demeurer aussi infructueuses que celle des Planches ; mais les instances de son illustre ami furent telles qu'enfin il se laissa traîner plutôt que conduire à La Ferté-Bernard (21.
Le Roi de France avec ses chevaliers s'avança au jour dit sur la rive de l'Huisne ; mais pendant tout
1. Materials, t. vi, page 407. Johan. Sarisb. ad Baldwinum Exon. archid. ep. « Ex qiio prospère ».
2. Page 472, Thom. Cantuar. ad Conradum Magunt. ep. « Consoletur vos » ; Willelmi Carnot. electi ad Alexandrum Pap. ep. « Ecclesia; romande filius ».
lo6 SAINT THOMAS DE CANTORBÉRY
le jour Henri Plantagenet, qui campait seulement à une faible distance, ne parut pas sur l'autre bord. Louis le Jeune lui fit demander des explications qui furent insolentes, et sur le soir on vit arriver le Roi d'Angleterre avec des troupes en ordre de bataille. Les chevaliers français allèrent au-devant d'elles ; on faillit en venir aux mains, mais la nuit empêcha le combat. Une entrevue dont le caractère devait être pacifique se terminait donc par une rupture et presque par une bataille ? D'où provenait un tel revirement? Louis VII en fut promptement informé.
Pendant la journée un italien qui se trouvait dans son camp, se disant au service du cardinal Jean de Naples, avait passé la rivière, et s'était rendu dans les lignes anglaises ; en même temps l'Archevêque de Cantorbéry avait reçu de la cour pontificale une lettre que nous citerons tout-à-I'heure. C'était le dénouement des négociations menées à Bénévent par les gens du Roi qui était simultanément signifié aux deux parties, et motivait l'attitude si brusquement adoptée par le souverain anglais. Cette issue lui était-elle donc si favorable qu'il pût se démasquer ainsi? Oui, hélas, et nous devons retracer les phases de la négociation, telles que Jean de Salisbury, toujours actif et bien informé, les avait exposées en écrivant à un ami, peu de jours auparavant (i) :
« Les ambassades envoyées par le Roi et l'Archevêque ont été reçues avec honneur à Bénévent. Les gens du Roi étalaient un faste d'autant plus pompeux que leur cause était plus mauvaise; pourtant comprenant bientôt que ni flatteries ni promesses n'ébranlaient le seigneur Pape, ils en sont venus aux
I. Page 401, ad Baldwinum Exon. archid. ep. « Ex quo prospère ».