CHAPITRE VI
raisonner et à guider sa politique en faisant abstraction des circonstances particulières où se trouvaient les deux antagonistes ; il ne voulait pas compter avec la malice des hommes ni calculer l'effet moral produit sur les peuples, qui n'entendent rien à la diplomatie. Était-il pourtant possible de douter que cet effet ne fût celui d'un désaveu infligé au primat et d'une victoire assurée au Roi d'Angleterre? De plus, c'était une prolongation d'exil pour une année encore signifiée ainsi à Thomas Becket ; car le cœur généreux du Pape avait seul pu croire un instant que sur ses instances paternelles Henri II, obstiné depuis des années et tout-à-l'heure encore menaçant, concevrait subitement les sentiments dont Louis le Jeune eût été capable. C'était bien sur ces résultats qu'avait compté le cardinal Jean de Naples en osant tendre au Pontife romain le piège auquel Alexandre III s'était laissé prendre. Depuis quatre ans que durait la lutte, l'Archevêque n'avait pas encore éprouvé de revers aussi cruel ; car il le mesurait avec raison d'après les dispositions bien connues de ses adversaires ; ceux-ci ne justifièrent que trop ses prévisions.
A l'heure où l'exilé lisait la désolante missive du Souverain Pontife, l'envoyé du cardinal Jean de Naples, arrivant au camp du Roi d'Angleterre, lui expliquait la signification de la Lettre pontificale que Clérambaud rapportait à son maître, lettre embarrassée, dans laquelle Alexandre III essayait de mêler quelques avertissements discrets à de pompeux éloges, à des assurances pacifiques, prodigués au prince redouté (i). Le Saint-Père lui redisait tout son espoir « de le voir revenir à des pensées plus clémentes envers