‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 79 sur 372 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

leur imputer^ 'dans la rédaction des Lettres apostoliques, des écarts aussi graves que ceux dont nous parlons.

Alexandre III pressentait vaguement, au fond du cœur, l'effet déplorable que produirait sur le peuple chrétien la publication de sa lettre au Roi, et il avait recouru au procédé qu'il employait volontiers, l'obligation du secret. Il avait donc fait jurer à Clérambaud et à ses collègues que la Lettre apostolique remise au Roi d'Angleterre serait tenue secrète (i); mais à quoi pouvaient servir semblables précautions avec des hommes tels que Clérambaud et ses pareils? Dans la bonté de son cœur, Alexandre III voulait toujours traiter avec eux comme avec d'honnêtes gens ; c'était une fatale erreur, l'histoire des dernières années eût dû l'en avertir ; et d'ailleurs pourquoi donner des ordres qu'on n'osait publiquement avouer?

Clérambaud n'eut pas plutôt mis le pied sur les terres de France qu'il s'empressa de jeter à tous les vents la sentence pontificale; et dès le soir du i" juillet, au camp même de La Ferté-Bernard, après avoir reçu communication de la Lettre apostolique, Henri II en ordonna la transcription à nombreux exemplaires, pour les envoyer aux diverses Églises des deux royaumes. Il se rendait parfaitement compte de l'effet qu'allaient produire ces nouvelles ; c'était pour lui l'équivalent d'une victoire gagnée ; aussi n'hésitait-il plus à rompre en visière avec son suzerain le Roi de France et ses alliés. Ses embarras n'étaient point à leur terme, il s'en fallait, mais cependant il avait raison de triompher.

Tandis que Thomas Becket rentrait tristement à Sainte-Colombe et que la consternation se répandait

I. Page 459, Johan. Sarisb. ad magistrum Lumbardum ep. « Obligationis inter nos ...

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en France, Henri ne tarissait pas en propos odieux. « Enfin, disait-il, j'ai recouvré les prérogatives de « mon aïeul, qui, dans son royaume était roi, légat « apostolique, patriarche, empereur, et tout ce qu'il « voulait. » Exagération sans doute, mais moin.dre qu'il ne parait d'abord; car enfin l'exemption des censures conférée au Roi et à ses feudataires, qu'était-elle sinon une sanction temporaire du VF statut de Clarendon? Un simple évêque aurait eu, de par sa dignité même, le droit de prononcer l'excommunication contre tous ces hauts personnages, eussent-ils porté la couronne: ce droit, l'Archevêque de Cantorbéry en était dépouillé; que ce fût pour un temps limité le Roi ne le savait pas encore : il voyait donc avec assez de raison dans ce fait une approbation des articles qui avaient occasionné la guerre entre lui et Thomas. Rendant au Pape l'outrage et le mépris en échange d'une con- fl descendance excessive, il disait aux évêques : « Ne « craignez plus l'Archevêque, n'ayez plus souci de « ses menaces ; je tiens désormais le Pape et les « cardinaux dans ma bourse (i). J'ai à la cour pon- « tificale de bons amis qui savent bien déjouer les « manœuvres de sa Seigneurie ; elle ne peut intro- « duire une demande ni obtenir la moindre chose que « je n'en sois aussitôt informé (2). » On se répétait à la cour d'Angleterre les noms de ces précieux auxiliaires ; on nommait tout haut les membres même du Sacré Collège qui avaient reçu l'argent du Roi pour le servir, surtout le cardinal Jean de Naples, dont la vénalité était connue de Londres jusqu'à Palerme.

1. Page 416, Johan. Sarisb. ad Johan. Pictav. episc. ep. « Postqiiam priores ».

2. Page 458, Johan. Sarisb. ad magi.strum TAimbardum cp. v Obligationis inter nos ».

CHAPITRK VI lie,

Nous avons le regret de constater que l'histoire n'enregistre pas la moindre protestation de la part de ses collègues Odon et Guillaume de Pavie, qui s'attardaient à la cour sans profit pour l'Église. 11 fallut qu'un de leurs clercs leur donnât une leçon bien méritée : maître Geoffroy eut assez de courage pour dire hautement que Clérambaud et ses acolythes avaient bel et bien encouru l'anathème, attendu que le Pape leur avait fait jurer de ne point divulguer le contenu de sa lettre sous peine d'excommunication : les ambassadeurs ayant parlé sans aucune réserve durant tout leur voyage, Geoffroy concluait qu'ils étaient excommuniés : il le dit, et aucun mal ne lui en arriva ; mais les deux cardinaux persistèrent à demeurer muets.

Quelques autres personnages graves et religieux déploraient comme maître Geoffroy une aussi triste aventure ; mais c'était surtout en France que l'émotion était grande et douloureuse. « Que ne sont-ils « ici, les seigneurs cardinaux! écrivait Jean de Salis- « bury (i) ; que ne sont-ils ici pour entendre les « français ! Dans ce pays la parole d'Isaïe est main- « tenant passée en proverbe : Princes d'Eglise princes « félons, complices de larrons (2), puisqu'ils permettent '< le pillage du patrimoine du Christ pour en prendre '?: leur part ! >/ Dans un langage moins virulent, plus respectueux, mais pourtant bien énergique, certains évêques français adressaient au Saint-Père des remontrances où revenait fréquemment le mot de scandale. Quoi, disaient-ils. Sa Sainteté a écouté un ennemi déclaré de l'Église, un fauteur du schisme,

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