‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 81 sur 372 · CHAPITRE VI I · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI I

« propos de femme, mais les entendre comme ceux « d'une fille aimante et dévouée. L'année dernière « un grave scandale a été causé dans l'Église galli- « cane par Jean d'Oxford, dont le parjure avait si « aisément triomphé de l'Église romaine. Après lui « sont venus deux cardinaux, dont les œuvres bonnes « sont encore un mystère en ce pays ; et plût à Dieu « qu'on ne parlât pas des mauvaises! Les scandales « en ont été multipliés. Voici maintenant que par ses « derniers agents le Roi d'Angleterre a obtenu des « lettres patentes, qu'on voudrait croire fausses, et « par lesquelles vous avez enlevé à l'Archevêque de « Cantorbéry, exilé depuis quatre ans pour la jus- « tice, tout pouvoir de porter aucune sentence contre « le Roi et son royaume, de frapper aucune per- « sonne de ses états, jusqu'au jour où le dit Arche- « véque sera rentré en grâce, O mon père, ces lettres « ne semblent-elles pas donner au Roi d'Angleterre « le droit de pécher impunément et de tenir éternel- « lement l'Archevêque en exil ? Car désormais il « demeure libre de le recevoir en grâce ou de ne le « recevoir pas. Aussi l'Église a-t-elle été scandalisée « dans notre pays au point qu'on ne peut imaginer « plus grand trouble, parce qu'un mauvais précédent « a été ainsi créé pour les princes. Mon seigneur « le Roi, à qui vous avez confié l'Archevêque, est « vivement irrité, parce que votre sentence, si tant « est que vous la mainteniez, vient égorger l'inno- « cent entre ses mains royales. La consternation est « par tout le royaume, parce que nos ennemis ont « prévalu auprès de vous. Mon seigneur le Roi « attend encore l'accomplissement de vos promesses ; « et s'il ne le voit pas promptement, il saura, lui et « ses descendants, ce qu'il doit espérer de l'Église

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« romaine. Adieu, père très saint et très cher ; dai- « gnez secourir l'Archevêque de Cantorbéry. »

Nous avons cité cette lettre, malgré quelques mots excessifs, parce qu'elle caractérise l'état des esprits en France, et nous montre en même temps, par les paroles de cette femme droite et forte dans sa foi, la virilité du langage à cette époque. Alexandre III ne songeait pas même à s'étonner des expressions dont l'âpre franchise offenserait nos oreilles, accoutumées aux ménagements que réclame la vieillesse. Sous le bénéfice de cette remarque nous pouvons écouter maintenant l'Archevêque lui-même. Il écrivait aux cardinaux qu'il connaissait pour ses amis à la cour pontificale ; mais c'est surtout sa réponse au Pontife romain qu'il nous importe d'entendre pour savoir comment il acceptait le coup qui venait de le frapper (i).

« O mon Père, mon âme est plongée dans l'amer- « tume ! L'acte par lequel il a plu à Votre Sainteté « suspendre nos pouvoirs a fait de moi et de nos «infortunés compagnons la risée des hommes et le « rebut du peuple ; et ce qui me cause une douleur « plus grande encore, cet acte a livré l'Église de Dieu « à la merci de ses ennemis. Notre persécuteur avait « donné au comte de Flandre et à d'autres grands « seigneurs l'espoir fondé qu'il voulait faire la paix « avec nous; mais voici que ses ambassadeurs sont « revenus, lui ont apporté les lettres par lesquelles « Votre Sainteté favorise évidemment sa cause ; et « dès lors tout a été fini. Que peuvent nos amis,

I. Materials, t. vu, page 239, ep. « Anima mea, pater ». On ne s'expliquerait pas comment cette lettre est renvoyée à Tannée 11 70 dans Tédition des Materials, si on ne savait que le chanoine Robertson était déjà malade en terminant son vi" volume. On y trouve des interversions assez peu excusables, moins étranges pourtant que celle-ci ; car la lettre * Anima mea » porte très clairement sa date avec elle.

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