CHAPITRE VI
■f l'homme pervers sur l'iniquité de ses voies, j'aurai « bientôt à répondre de son sang en présence de ce « Juge dont nul patronage ne me saurait sauver. « Devant ce tribunal rien ne vaudra, ni l'or ni l'ar- «: gent, ni ces présents qui aveuglent même les sages. <{ Bientôt nous comparaîtrons tous par-devant le *f Christ: au nom de sa majesté, au nom de ce « juge redoutable, je conjure Votre Sainteté, comme « mon seigneur et mon père, comme l'arbitre suprême ^ en ce monde, de faire justice à son Église, à moi- « même, contre ceux qui n'ont d'autre dessein que « de m'anéantir avec elle. Xe laissez pas durer plus « longtemps l'ignominie du traitement que font subir « à l'Église les impies qui la foulent aux pieds.
^ Telle est ma détresse et ma misère que je vis « d'aumônes, et ne subsiste qu'aux dépens du Roi «■ Très-Chrétien : aussi ne pourrai-je plus députer « personne vers vous, n'ayant pas un écu pour paver « des messagers. Plaise donc à votre Majesté mettre « un terme au malheur de l'Église de Cantorbérv. et « aux innombrables scandales qui ont ému ces temps « derniers les deux royaumes en encourageant les per- « vers. Le moven serait de délier le fils et serAiteur « de Votre Sainteté, puis d'écrire à l'Église de France « ainsi qu'au Roi Très-Chrétien que le Roi d'Angle- « terre doit obéir à vos avertissements, faire la paix ■« avec nous, restituer ce qu'il a pris et rendre la « liberté à l'Église: faute de quoi, vous me laissez « libre d'exercer contre lui et son royaume les pou- « voirs de ma charge, et ordonnez à tous les évêques « d'observer rigoureusement la sentence que nous -r porterons de par Dieu. >
Si l'on pouvait faire un reproche au saint Archevêque au suiet de cette longue lettre, ce serait peut-
SAINT THOMAS DK CANTORBHRY
être celui d'avoir trop raison ; mais e'[u'on le remarque bien : Thomas n'a point la coupable audace des sectaires, qui ne manquent jamais de citer le Vicaire de Jésus-Christ au tribunal de Dieu lorsqu'ils se prétendent victimes d'une injustice. Non, l'exilé de Sens n'oublie pas que le Seigneur a déclaré lié dans le ciel tout ce que Pierre aura lié sur la terre ; et pour lui le Pape demeure toujours ^i l'arbitre suprême en « ce monde » ; il obéit, et c'est de la parole seule du Pontife romain qu'il attend le salut.