CHAPITRE VII
MO^'TMIRAIL (1169)
Alexandre III ne put se défendre d'une vive impression lorsqu'il reçut presque simultanément les diverses lettres que lui adressaient les plus hauts personnages du royaume de France, signalant toutes^ presque dans les mêmes termes, le désastreux effet des concessions consenties par le Saint-Siège, et demandant un remède prompt et efficace à un mal si déplorable. Le Pape répondit au Roi et à l'Archevêque, en cherchant par de bonnes espérances à apaiser leur inquiétude, en leur représentant que la cour romaine a coutume de procéder avec une sage lenteur pour ne rien laisser à l'entraînement ni au hasard. Le Saint- Père promettait de nouveau de rendre au primat la liberté de ses mouvements quand serait écoulé le délai fixé dans la Lettre apostolique adressée à l'Archevêque. Il fit plus, il rappela enfin les deux cardinaux Odon et Guillaume de Pavie, dont la présence en Normandie et en France n'avait plus depuis longtemps aucune raison d'être ; Alexandre III annonçait l'intention d'envoyer à leur place d'autres négociateurs (i).
I. Page 48.1, ad Thomam Cantuar. ep. <• Ex litteris tuis > (g octobre 1168).
I2S SAINT THOMAS DK CANTORB^RY
Au moment de quitter la cour d'Angleterre, le cardinal Odon voulut tenter enfin quelque effort auprès du Roi, car il sentait bien que sa légation n'avait eu pour l'Église que de funestes résultats, et son collègue lui-m.ême ne pouvait s'empêcher de constater l'échec absolu de tous ses calculs. Odon insista donc vivement, dans un entretien particulier avec le prince, pour qu'il fît enfin la paix avec l'Archevêque. <' Soit, « répondit Henri ; pour l'amour du seigneur Pape « et le vôtre, je lui permettrai de revenir paisible- « ment prendre le gouvernement de son Eglise et '( l'administration de sa fortune. Les coutumes sont -'< le thème sur lequel depuis bien longtemps déjà -K nous contestons : eh bien, moi et mes enfants ^L nous serons satisfaits que l'on nous reconnaisse en 'L possession de celles qui ont été en vigueur au '■< temps de nos prédécesseurs ; et pour les certifier, '■< nous demanderons le serment de trois cents che- '•< valiers, choisis par tiers dans l'Angleterre, la '< Normandie, l'Anjou et nos autres provinces. Que '( si l'Archevêque n'accepte pas cet arbitrage, nous ''< nous en remettrons à celui de six évêques, dont 'K trois seront choisis en Angleterre et trois de ce 't côté-ci de la mer, par exemple l'archevêque de ■'< Rouen, les évêques de Bayeux et du Mans. Cela ne K suffira peut-être pas encore? En ce cas nous nous ^< en rapporterons au jugement du seigneur Pape, à '< la condition pourtant que mes fils ne seront pas '< dépossédés par cette sentence ; quant à moi, je n'ai ^i aucune difficulté à renoncer personnellement, pour H, la durée de mon règne, à celles des coutumes « que le seigneur Pape jugerait condamnables.
— Mais, reprit le cardinal, il y a aussi la question 'L des biens ecclésiastiques : on vous en demande la