‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 90 sur 372 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

de Montmirail, en un lieu où bien des fois déjà ils avaient discuté d'éphémères conventions. Henri Plantagenet, en présence de tous les prélats, barons, et chefs assemblés, renouvela solennellement Thommage qu'il devait au Roi de France pour le duché de Normandie, mais qu'il s'était promis bien des fois de ne plus reconnaître. Observateur scrupuleux du droit féodal, Henri II sentait bien qu'il rivait une lourde chaîne à son bras; mais il ne pouvait reculer et s'exécutait sous l'empire de la nécessité. Le Roi de France le releva, et les deux princes se donnèrent la main avec le baiser de paix; Louis le Jeune rendit à son vassal tous ses droits sur la Bretagne et l'Aquitaine, en stipulant au préalable, et sur garantie effective, que dans ces provinces tout serait replacé, à l'avantage des confédérés, dans le statît quo ante bcllum. Mais la paix de Montmirail devait avoir d'autres résultats, beaucoup plus importants.

Le lendemain, en effet, Henri 11 présenta au Roi Louis ses deux fils aînés, Henri et Richard ; le premier reçut du souverain français l'investiture du comté d'Anjou, y compris le Maine, le Roi son père gardant la Touraine à titre de fief relevant du comte de Champagne ; Richard à son tour fut investi du comté de Poitou, et les deux jeunes princes firent hommage pour leurs nouveaux apanages non point à leur père, mais au Roi de France. Ils étaient ainsi déclarés libres de toute vassalité féodale envers le Roi d'Angleterre ; les deux provinces retrouvaient quelque ombre de leur ancienne indépendance, et ce réveil ne devait pas tarder à produire des effets politiques d'autant plus dangereux pour la puissance de Henri Plantagenet que ses fils mêmes se mettraient à la tête du mouvement national. A parler franc, c'était le démembre-

ment prochain de ses états qu'acceptait Henri II. Les guerres qui agitèrent la seconde moitié de son règne, et celles que mena ensuite Philippe-Auguste contre Richard Cœur-de-Lion et Jean Sans-Terre étaient toutes en germe dans le traité de Montmirail. La satisfaction était donc en France aussi générale qu'était grande l'amertume pour le Roi d'Angleterre, contraint de passer sous les fourches caudines.

Restait à pacifier encore une querelle, celle qui divisait l'Archevêque de Cantorbéry et Henri Plantagenet. Très satisfait des avantages obtenus et des dispositions témoignées par le Roi Henri II, Louis le Jeune avait insisté auprès de Thomas Becket pour obtenir de lui toutes les concessions possibles ; et ses instances étaient appuyées par celles des envoyés du Souverain Pontife et des principaux personnages réunis à Montmirail : l'occasion étant si favorable, il importait, disait-on, de ne pas la laisser échapper.

L'heure venue où l'on devait traiter de cette affaire, Thomas fut mandé et se dirigea vers la plaine où se tenaient les deux rois avec leur cour. Il approchait, accompagné de Guillaume de Champagne, archevêque de Sens, lorsqu'il vit venir à lui Simon du Mont- Dieu, Bernard du Coudray, Engelbert du Val-Saint- Pierre^ qui voulaient encore une fois insister sur l'importance d'un langage et d'une attitude humbles et soumis: le Roi d'Angleterre avait donné naguère de si bonnes assurances, il paraissait si heureusement disposé, qu'il fallait à tout prix éviter le moindre mot de nature à le froisser.

— N'hésitez pas, disait-on, à tout remettre entre « ses mains.

— Oui, repartit Thomas, je lui remettrai la solu- « tion de toute l'affaire, sauf l'honneur de Dieu.

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