‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 92 sur 372 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

« Qui pourtant le chassait du royaume? Nuitamment ''< il a pris la fuite, alors que nul ne songeait à l'ex- « puiser. Puis il s'est donné pour le champion de '< l'Église, pour le martyr de la justice, trompant ainsi ''< maint personnage haut placé. Cependant écoutez, « seigneur Roi, et vous tous, saints religieux, hauts " barons, qui êtes ici présents: je n'ai jamais demandé, ^< à cette heure encore je ne demande qu'une chose : « que Thomas promette de régler sa conduite à mon « égard d'après les coutumes qu'ont observées à '< l'égard de mes ancêtres les cinq archevêques ses " prédécesseurs ; et parmi ceux-ci, nous en savons « qui furent des saints et qui brillent de l'éclat des f(. miracles. Ces coutumes, d'ailleurs, il a promis déjà " de les observer: qu'aujourd'hui, en votre présence, " il donne sa parole comme prêtre, comme évêque, 'i de s'y conformer sans mal engin. Rien autre ne » nous sépare que la violation de ces coutumes et « la condamnation qu'il a portée à Vézelay contre « elles et contre ceux qui les observent. En échange « de la promesse que je réclame, je lui rendrai '< tout pouvoir de régir son Église avec autant de K liberté qu'en eut jamais aucun de ses prédéces- *i seurs. »

Ce discours a ému l'auditoire; visiblement l'opinion générale est favorable au Roi; mais Thomas demeure silencieux. Louis le Jeune prend la parole :

— Hé bien! seigneur Archevêque, voulez-vous '■' être plus saint que les saints ? »

— J'ai fait au Roi, répond Thomas, un serment de '< fidélité par lequel je me suis engagé à lui garantir '< la vie, l'intégrité des membres, et l'honneur dû à '<: un suzerain, sauf les privilèges de mon ordre ; '< c'est la formule même du serment, et je ne m'en

« départirai pas (i) ; on n'a rien exigé de plus d'au- « cun de mes prédécesseurs. D'ailleurs je ne demande « qu'à remplir avec toute la fidélité possible les « engagements que j'ai pris ainsi. »

Mais Henri II veut davantage; il insiste pour une promesse sans conditions, soutenu en cela par les clercs de sa cour qui semblent peu soucieux de voir la paix se conclure.

« Soit, répond Thomas. J'irai plus loin que mes « prédécesseurs et plus loin que le droit ne m'y « oblige. Pour la paix de l'Église et par respect « pour le seigneur Roi, je promettrai d'observer au- « tant que je le pourrai faire selon Dieu les cou- « tûmes auxquelles se sont conformés mes prédé- « cesseurs, sauf les privilèges de mon ordre ; et pour « recouvrer la faveur du seigneur Roi, je ferai tout « ce qui se pourra, sauf l'honneur de Dieu ; je le « servirai, s'il le veut bien, de plus grand cœur que « je ne l'ai jamais fait. >>

«: Jamais je n'admettrai telles paroles ! s'écrie « Henri ; vraiment il semblerait que l'Archevêque « ait seul souci de l'honneur de Dieu ! J'en ai plus '< souci que lui-même ! »

A ce moment les commissaires pontificaux entourent le primat et l'entraînent à l'écart; mais une foule de chevaliers anglais, français, bretons, poitevins, normands, les suivent et joignent tumultueusement leurs instances à celles des trois religieux. « Retirez ces « clauses! Pas de restrictions! Prenez la formule du « Roi ! La liberté comme sous les précédents Arche-

I. il faut ici se souvenir que le Pape Alexandre III avait intimé aux évêques d'Angleterre la défense expresse « de se lier envers le Roi par aucune formule nouvelle de serment » ; nous avons cité cette lettre dans notre i"^^"^ volume (page 287).

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