CHAPITRE VIII 14g
« l'Église? II est trop clair que le silence gardé sur « ces matières équivaudrait à une apostasie. La vérité « est que telles ne sont pas les conditions dont je « vous ai donné la formule à votre départ d'Étampes; « il doit vous en souvenir; permettez-moi cependant « de vous les rappeler. Au moment de nous séparer, « je vous ai chargé d'insister sur un seul point, à « savoir : l'exécution des ordres du seigneur Pape, « En vertu du rescrit apostolique, cet homme doit « d'abord nous rendre la paix avec sa faveur, et « remettre à notre libre disposition le gouvernement « de notre Église. Vous m'avez alors demandé si je « consentirais à accepter un rendez-vous pour un « nouveau colloque : j'ai répondu que je n'avais que « faire de pareilles entrevues tant que le Roi n'aurait « pas satisfait à l'ordre du seigneur Pape; mais qu'a- « près cette satisfaction donnée, je serais tout prêt à « me rendre où l'on voudrait, au jour qu'on indi- « querait, et à faire tout ce qui serait possible sauf « l'honneur de Dieu et les droits de notre ordre. « Telles sont les paroles sur lesquelles nous nous « sommes séparés, mon cher ami. Telles étaient « aussi les limites dans lesquelles vous eussiez dû « vous renfermer vous-même, sachant mieux que per- « sonne que nous ne pouvons prendre sur nous d'aller « plus loin, à moins de violer la loi divine, ce que « nous ne pouvons ni ne devons faire. Ne l'oubliez « donc pas, ô vous qui êtes la moitié mon âme; il « ne me paraît ni expédient ni sûr d'accepter aucun « rendez-vous, aucune conférence avec cet homme, « aussi longtemps qu'il n'aura pas agréé ni exécuté « l'ordre du Souverain Pontife. Pareille conférence « n'aboutirait qu'à de nouveaux atermoiements, illu- « soires comme toujours ; l'exécution du mandat
« apostolique en serait différée d'autant, et nous en « deviendrions responsables pour notre part ; Dieu « nous en garde ! Il est bien évident que nous ne « pourrions qu'y perdre. »
Au moment où Jean de Poitiers voyait ainsi s'évanouir ses illusions, l'exilé parlementait avec les commissaires du Pape, qui l'avaient rejoint à Sens. Forts de la promesse que leur avaient donnée le Roi d'amender, d'abroger même les coutumes jugées abusives, Simon et ses collègues revenaient solliciter du primat l'engagement absolu et sans condition qu'il avait refusé de prendre à Montmirail. L'argument et la formule du Roi se retrouvaient sur leurs lèvres : « Faites, « répétaient-ils, ce que vos prédécesseurs ont fait; « cela doit vous suffire. »
« Mes prédécesseurs? repartit l'Archevêque; je ne « sache pas qu'ils aient été mis en demeure de se « prononcer sur les coutumes en question. Je ne con- « nais qu'une seule exception, celle du bienheureux « Anselme ; or il a préféré l'exil. >
L'argument étant sans réplique, les médiateurs de la paix se retirèrent.
La situation du primat n'en demeurait pas moins très grave, et tout autre qu'un saint eût nourri de vives inquiétudes. Sans parler du présent, ni de la fatigue que devait engendrer la nécessité de répondre à tant de pacificateurs qui se succédaient pour répéter toujours les mêmes choses, l'avenir était sombre. L'Angleterre était plus fermée que jamais, et sur la terre d'exil quel refuge allait demeurer? Car le Roi de France persistait dans son abstention de mauvais augure à l'égard du primat. Mais la Providence divine se chargea de venir en aide à celui que les hommes abandonnaient.