‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 97 sur 372 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Henri II avait à peine quitté le Roi de France, qu'il jetait à l'improviste ses troupes sur les châteaux du Poitou, saisissait plusieurs barons de ces provinces qui se reposaient en sécurité sur la foi des traités ; quelques-uns furent aussitôt livrés au supplice. Le bruit de cette audacieuse violation de la foi jurée se répandit avec la rapidité de l'éclair ; Louis VII d'abord n'y voulait pas croire, mais l'arrivée des poitevins députés vers lui en toute hâte par leurs compatriotes ne laissa plus aucune place au doute. On vit alors dans les esprits un revirement soudain en faveur du primat d'Angleterre. Tous ceux qui avaient blâmé son refus obstiné de souscrire à des conditions mal définies reconnurent et proclamèrent que lui seul avait été sage en ne se fiant pas aux formules captieuses du Roi Henri. Bernard du Coudray disait à Herbert: « J'aimerais mieux aujourd'hui avoir le pied coupé « que d'avoir vu votre maître conclure la paix comme « nous l'en pressions tant lors de cette malheu- « reuse conférence. » Peu de jours après le Roi de France arrivait à Sens, et tout aussitôt se rendait auprès de Thomas Becket pour lui faire réparation de ses défiances passées : « Oui, répétait-il, « oui, seigneur Archevêque, vous seul étiez clair- « voyant. »

Les provinces naguère coalisées reprenaient de tous côtés les armes, et resserraient leur alliance avec le Roi Louis ; la rupture traitreuse du pacte de Montmirail excitant de toutes parts l'indignation, Henri ne pouvait espérer détacher un seul anneau de la chaîne qui se reformait autour de lui pour l'enserrer : il dut venir une seconde fois à composition. Une nouvelle conférence fut décidée, rendez-vous fut pris à Saint-Léger, aux portes de Rouen, pour

le 7 février (i). Simon du Mont-Dieu et ses collègues résolurent de s'y présenter pour remettre enfin au Roi d'Angleterre la lettre comminatoire du Souverain Pontife ; la perfidie et la duplicité du prince étaient désormais trop manifestes pour qu'une plus longue attente fût permise. D'ailleurs l'exilé pressait les commissaires du Pape de remplir la seconde partie de leur mission ; lui-même se rendit au colloque, mais ne parut point, afin d'éviter désormais les scènes pénibles de Montmirail et les entraînements qui agitent souvent les réunions nombreuses (2).

Lorsque les deux rois eurent réglé les questions politiques sur les mêmes bases que dans la précédente conférence, en agravant pourtant certaines conditions au préjudice de la couronne d'Angleterre, on aborda encore une fois les affaires ecclésiastiques. Simon présenta au Roi Henri la lettre comminatoire par laquelle le Pape déclarait au prince que, faute à lui d'avoir avant le carême rendu au primat sa faveur avec la liberté, les pouvoirs de légat conférés à l'Archevêque seraient considérés comme déliés. Henri savait, nous l'avons dit, ce que contenait le document dont Simon était porteur; aussi refusa-t-il d'abord de le recevoir, afin de pouvoir arguer comme par le passé

1. Le lieu de la conférence n'est indiqué que par le titre de la lettre écrite par Thomas Becket au Pape Alexandre, à l'issue du colloque, ; « apudsanctum Leodegarium ». Mais il y a plusieurs localités qui portent] ce nom ; toutefois, le Roi Henri devait se trouver alors en Normandie, d'après la lettre que nous avons citée de l'évêque de Poitiers (ci-dessus, ; page 148) ; or dans cette province il ne se trouve que le lieu dit Saint- Léger du Bourg-Denys, proche de Rouen. Il n'y a donc pas de doute qu'il ne faille placer là le colloque dont nous parlons.

2. La présence du primat est prouvée par le second rapport de Simon du Mont-Dieu au Pape, « Juxta mandatum », par la lettre de Jean de Salisbury déjà citée « Alternat fortuna », et celle de Thomas au Pape, « Longanimitatis vestr.e ».

Page 1