‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 98 sur 372 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

de la Lettre apostolique où il avait trouvé depuis un an le moyen d'éluder toute réconciliation. Mais le Roi de France et les conseillers mêmes de Henri comprenaient mieux que lui la gravité d'un pareil refus ; il y aurait eu là un acte schismatique dont on n'aurait pu nier le caractère. Ils pressèrent donc le Roi d'Angleterre d'entendre la lecture du document pontifical, ce qu'il ne fut pas aisé d'obtenir. Henri se dérobait à chaque instant, passant d'une question à une autre, répondant sans écouter ses interlocuteurs, se jetant dans mille détours, n'ayant qu'un but, celui d'échapper à la nécessité qui se dressait devant lui. A force de persévérance et de patience on réussit pourtant à fixer ce Protée ; lecture fut donnée de la Lettre apostoliq[ue ; après quoi il fallut en venir à la discussion des voies et moyens propres à épargner au prince le coup dont il était menacé. Il n'avait, lui, que le désir de gagner du temps, comptant sur les ambassadeurs qui plaidaient en ce moment pour lui à Bénévent; mais les commissaires du Pape, le Roi de France, l'archevêque de Sens, voulaient davantage et entendaient provoquer enfin la solution du différend selon les vues du Pontife romain. Ce fut une nouvelle lutte à entreprendre avec l'insaisissable diplomate. Poussé dans ses derniers retranchements, contraint à examiner les conditions qui s'imposaient, il commença par déclarer qu'en somme il ne réclamait autre chose que la promesse d'obéir aux coutumes (i). Sans doute, et on le savait de reste ; Louis le Jeune crut bien faire en insistant pour qu'il ne parlât pas de ces statuts malencontreux sur lesquels on ne pouvait s'entendre. Les assistants se joignirent au bon Roi, et Henri donna

I. Materials, t. vi, page 519, ïhom. Cant. ad Alexandrum Papam ep. « Longanimitatis vestree ».

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une autre formule : car il ne cherchait que des formules, et les négociateurs avaient la candeur de les chercher avec lui, pensant tout pacifier avec des mots. On revint aux conditions posées à Montmirail par Henri 11 : l'Archevêque devrait jurer sans restriction, in verbo vcritatis^ de se conduire à l'égard du Roi comme les précédents Archevêques à l'égard des précédents Rois: à cette seule condition Henri promettait que Thomas pourrait reprendre en paix le gouvernement de son Église : « Au reste, ajoutait-il, je ne l'ai « jamais chassé de mon royaume. »

Sur quoi Simon et ses collègues allèrent trouver l'Archevêque, et lui portèrent les propositions du Roi. Ils devaient s'attendre à la réponse de l'exilé : nous la donnons d'après la lettre que Thomas luimême écrivit ensuite au Pape ; n'est-ce pas un repos pour la conscience que d'entendre le langage d'un saint qui, au milieu des équivoques, ne cesse de discerner et de poursuivre seul la vérité?

'< A'^oici, dit-il, ce que nous avons répondu aux religieux : nous ne saurions préciser exactement comment se sont conduits tous nos prédécesseurs ; cependant des écrits authentiques sont là pour nous apprendre que certains d'entre eux ont souffert l'exil pour une cause toute semblable ; et ils ont ainsi obtenu de faire rendre à Dieu ce qui appartenait à Dieu, aux rois ce qui paraissait fondé dans les droits que réclamaient les rois. Nous sommes, quant à nous, prêt à obéir au nôtre, au-delà même des limites observées par nos prédécesseurs, mais sauf les droits de notre ordre. Quant à nous engager par des promesses nouvelles, dont la forme n'est pas approuvée par l'Église et que nos devanciers n'ont jamais formulées, cela ne nous est pas permis. Ce serait d'abord un pernicieux

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