‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 99 sur 372 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

•exemple; en outre, un jour, dans la ville de Sens, vous nous avez, seigneur Pape, relevé de l'obligation •d'obéir à ces coutumes, odieuses à TEglise et à Dieu ; nous avions contracté cette obligation sous la pression de la force, et vous nous en avez blâmé dans des termes d'une rigueur qui ne s'effacera jamais de notre mémoire, en nous défendant de nous lier dorénavant, pour semblable cause, envers qui que ce fût, sans ajouter la clause conservatoire : sauf l'honneur de Dieu et les droits de notre ordre. Vous déclariez, veuillez vous le rappeler, qu'un évêque ne saurait renoncer à cette réserve, quand il devrait y jouer sa tête. En conséquence voici ce que nous avons répondu aux religieux qui nous questionnaient : Que le Roi obéisse aux ordres du Pape^ nous rende sa faveur avec la paix de notre ministère, en restituant ce qu'il a pris à nous-mêmes et à nos compagnons: dès lors nous mettrons tout notre zèle à son service et à celui de ses héritiers, sauf l'honneur de Dieu et les droits de notre ordre. Mais nous ne sommes pas libres, sans l'ordre du Souverain Pontife, de changer la forme du serment ecclésiastique usitée dans toute l'Eglise d'occident, et consignée même en termes formels dans cette charte maudite qui est la cause de notre exil. N'y lit-on pas que les prélats élus devront, avant leur sacre, jurer au Roi de lui être fidèles en ce qui intéressera sa vie, ses membres, et l'honneur de son royaume temporel, sauf les droits de l'ordre ecclésiastique (i)? Pourquoi voudrait-on, par une exception unique, nous obliger à passer sous silence

I. Voirie XI" article de Clarendon (t. i, page 446) : « faciet electus homagium et fidelitatem domino régi sicut ligio domino de vita et de membris et de honore suo terreno, salvo ordine siio, priusquam sit consecratus >>.

l'honneur de Dieu et l'intégrité des droits de notre ordre, dans la formule captieuse qu'on réclame de nous? Pareille exigence a-t-elle jamais été admise entre chrétiens (i)? »

Les commissaires du Pape rapportèrent cette réponse au Roi, qui ne la voulut point agréer, on l'imagine bien. Mais refuser d'y faire droit, c'était du même coup se refuser à obéir aux dernières injonctions du Pape : Henri cherchait une échappatoire : « Je vais convoquer les évêques d'Angleterre et les « consulter sur tout ceci, » dit-il; non qu'il espérât que la sentence de l'épiscopat anglais pût jamais rendre licite ce que le Pontife romain avait déclaré illicite ; au moins cela permettrait-il de gagner du temps, et personne ne s'y trompa. Henri acheva même de se démasquer en priant Simon du Mont-Dieu de ne pas envoyer encore de rapport au Pape, attendu que la négociation ne pouvait être considérée comme terminée avant la décision des évêques d'Angleterre. Guillaume de Sens intervint alors, et conseilla vivement aux trois religieux de dresser au contraire un procès-verbal authentique de la conférence. Simon demanda donc au Roi de signer les déclarations qu'il venait de faire, et que l'on exposait dans des lettres patentes ; mais tant de précision n'était pas pour plaire à l'astucieux prince, et il refusa sa signature. Il y avait là heureusement de bons témoins pour certifier ce refus, et en définitive la conférence, rompue sur ces entrefaites, ne laissait pas que d'avoir servi la bonne cause. Grâce à la fermeté du primat et de l'archevêque de Sens, la mauvaise foi du Roi était mise en pleine lumière.

I. Cfr. Materials, pages 512, 527, lettres de Jean de Salisbury (citée plus haut) et de Guillaume de Sens au Pape, ^v Qualiter in secundo ».

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Concurremment Simon du Mont-Dieu, en sa qualité de commissaire apostolique, l'archevêque Guillaume de Champagne, et Thomas Becket écrivirent au Pape la relation détaillée de tout ce qui venait d'être dit et fait. Les trois lettres se terminaient par l'assurance donnée au Saint-Père que la paix était proche à la condition que l'on persistât sans hésiter dans la voie de la fermeté. << La paix et le salut de l'Église » sont à notre porte, si vous persévérez, ?> disait Simon. « Si le Roi vous voit marcher dans 'jc cette voie, il cédera facilement, disait l'arche- « vêque de Sens, et il n'y aura plus à craindre de « voir cette affaire créer pour les autres princes « présents et futurs un dangereux précédent. » Et l'exilé de son côté pressait Alexandre III : « Vous '< avez suffisamment éprouvé ce que peut la man- '< suétude avec cet homme ; entrez maintenant dans ^r une autre voie; et soyez-i?n certain, par les ri- -r gueurs de la justice vous triompherez prompte- '< ment. //

Thomas ne dissimulait pas d'ailleurs son intention de ressaisir le glaive qu'il avait dû naguère remettre au fourreau. Le carême étant arrivé sans qu'on vît le Roi témoigner le moindre désir de réparer ses torts, l'Archevêque était en droit d'agir, en vertu même des Lettres apostoliques. Néanmoins il ne se pressait pas ; en quittant Saint-Léger, Henri avait fait entendre à Bernard du Coudray qu'il allait se rendre à Grandmont et prendre conseil des religieux ; aussi Bernard, d'accord avec ses collègues, insistait-il pour que le primat attendît le résultat de cette visite. En effet, le Roi partit pour la Gascogne ; mais deux mois écoulés on n'avait en France aucune nouvelle de la prétendue conférence avec l'abbé de Grandmont. Pen-

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dant ce temps, en Italie, les gens du Roi se donnaient beaucoup de mouvement pour lui acheter des auxiliaires ; ils s'adressaient aux villes lombardes, qui avaient vaillamment combattu contre Frédéric Barberousse et puissamment contribué à rétablir les affaires de l'Église. La voix de ces libérateurs devait avoir un grand poids dans les conseils de la Papauté, pensait: Henri; et il faisait offrir aux milanais trois mille marcs avec la restauration de leurs murailles renversées par l'Empereur; à la ville de Crémone, deux mille marcs; à celles de Parme et de Bologne, mille marcs pour chacune d'elles. En retour les républiques alliées devraient s'engager à insister auprès du Saint- Siège pour obtenir la déposition ou le transfert del'Archevêque de Cantorbéry. Une nuée d'agents anglais s'abattait en même temps sur la Sicile; mais le succès ne fut pas plus grand qu'au jour où Clérambaud était venu solliciter une première fois l'appui, de la cour de Palerme. En Lombardie l'échec ne fut pas aussi complet; mais à l'exception de Bologne, les villes italiennes ne donnèrent pas au Roi d'Angleterre les assurances ni tout l'appui qu'il souhaitait. Henriaurait voulu que le Pape mandât le primat à la cour pontificale ; au cours d'un long voyage, à travers des pays travaillés par l'or britannique, bien des incidents favorables au Roi pouvaient se produire : à Rome les Frangipani , les Pierleoni , beaucoup d'autres chefs moins illustres, maîtres des tours fortifiées qui dominaient les quartiers de la ville, étaient également sollicités ; plus il y aurait de mailles au filet, plus y aurait de chances que l'oiseau y fût pris. Mais Henri II comptait trop visiblement sur d'heureux hasards, et l'Archevêque déclarait nettement au Pape qu'il n'irait pas bénévolement donner dans un pan-

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