CHAPITRE I
chasse, nous aurons plus tard roccasion de le constater.
Gilbert eût volontiers permis h. son fils de suivre sans contrainte des goûts qui n'étaient point mauvais, et qui d'ailleurs étaient ceux de la noblesse à laquelle Thomas devait se trouver un jour mêlé. Le jeune homme avait des penchants pour le luxe, et se plaisait aux fêtes. D'un caractère avenant et affable, il se faisait aimer de tous ceux qui l'approchaient. Généreux et libéral, il captivait l'affection de ses compagnons d'étude, qui avaient souvent d'excellentes raisons pour apprécier de telles qualités chez un camarade. Aussi n'osaient-ils blâmer trop haut la conduite sans reproches de Thomas Becket. Celui-ci, en effet, joignait à des dehors brillants, dès les jours même de son adolescence, une pureté de mœurs qui est attestée unanimement par ses biographes ; Jean de Salisbury, qui était dès lors pour lui un condisciple et un ami, put rendre plus tard témoignage sur ce point en termes formels (i ).
Non moins que l'intégrité du jeune homme, la fermeté de son esprit formait constraste avec les apparences quelque peu frivoles de sa vie. Si Thomas se faisait aimer de tous, il excitait encore d'autres sentiments non moins honorablespour lui. La justesse de ses réponses, la finesse de son coup d'œil, en deux mots la rectitude et la dextérité de ses facultés frappaient vivement les hommes d'expérience qui le rencontraient. Aussi Mathilde Becket,
I. Herbert de Bosham ne parle pas autrement. Sur les goûts de Thomas Becket il s'exprime avec plus de sévérité que les autres biographes. Mais il ne faut pas oublier que, relativement à la première période de l'histoire qu'il écrit, il n'a su que ce qu'a voulu lui dire saint Thomas lui-même. Or l'Archevêque primat jugeait avec la plus grande sévérité et déplorait amèrement les frivolités de sa jeunesse. Herbert est l'écho de ces jugements, qu'il nous est parfaitement licite d'atténuer pour les ramener à ceux des autres biographes autorisés, surtout si nous tenons compte des formes ampoulées qu'affecte le langage de Herbert.
après avoir réussi à fortifier la vertu dans le cœur de son fils, entendait-elle ne point permettre qu'un esprit si bien doué demeurât stérile faute de culture et d'instruction. Elle exigeait donc que Thomas poursuivît ses études, et le jeune homme obéissait, servi au reste par une mémoire imperturbable qui devait lui épargner beaucoup de travail ; car, au dire de ses biographes, il lui suffisait d'entendre une seule fois pour retenir.
Mathilde fondait encore son insistance sur des motifs qui, au premier abord, eussent au contraire paru excuser quelque irrégularité dans l'étude. Thomas avait dix-sept ans lorsque une révolution politique vint ébranler profondément le royaume. Londres en souffrit grandement, et toutes les familles de la bourgeoisie furent atteintes dans leur fortune. On comprendra que les écoles dussent bien souvent vaquer lorsque nous aurons brièvement indiqué la nature de ces troubles.
Après le naufrage de la Blanche Nef^ où avait péri l'unique fils du roi Henri F"", celui-ci avait, en 1126, fait reconnaître à Windsor, comme héritière de la couronne d'Angleterre, sa fille Mathilde, veuve de l'empereur Henri V, et mariée en secondes noces au comte d'Anjou, Geoffroy Plantagenet. Les droits de la comtesse avaient été en outre confirmés par le testament de son père, qui lui laissait en mourant tous ses domaines de Normandie et d'outre-mer. Mais à peine le Roi avait-il fermé les yeux (113 5), qu'Etienne de Blois, comte de Boulogne et neveu de Henri F"", paraissait en Angleterre où il était populaire. Son frère, Henri de Blois, était évêque de Winchester, Londres accueillit avec enthousiasme l'usurpateur, que sa bonne grâce et de réelles qualités faisaient aimer du peuple. La plupart des barons saluèrent en lui le petit-fils du Conquérant ; mais Mathilde n'était pas d'autre lignage. A son tour elle débarqua, suivie par Guy de