‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 105 sur 294 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

périls et grandement dommageable à son âme. Thomas est donc, par le fait, convaincu de s'être prêté à une démarche que plus tard il eût regardée comme une spoliation sacrilège.

Non, répondrons-nous ; ces conclusions proviennent d'une connaissance incomplète des faits. Nous allons les éclairer par un témoignage que nul ne récusera, celui de Gilbert Foliot lui-même ; et loin de gagner à cette confrontation le renom de prélat courageux et intègre, Gilbert y perdra bien quelque chose de son prestige.

Nous n'insisterons pas sur ce point qu'au Roi, et non au Chancelier, appartient l'initiative de la proposition faite à l'évêque de Hereford ; si elle tend au but qu'on vient de signaler avec indignation, Thomas n'a pu consentir sans crime à s'en faire l'intermédiaire. Mais que signifie-t-elle en réalité? Que nous en dit Gilbert Foliot, dans une seconde lettre ? « Sachez que le doyen « de Londres n'a accepté l'administration ;|des finances « épiscopales) que pour en prendre soin, de façon à « subvenir fidèlement aux besoins de l'évêque et de sa « maison, et, s'il restait quelque chose des revenus et « contributions annuelles, le distribuer selon que les « dettes seraient plus pressantes, mais sur titres cer- « tains, non point au gré d'avides créanciers (i), »

I. Mettons ici en regard les textes des deux lettres de Gilbert, afin que le lecteur puisse voir que dans les deux cas le sens est le même, comme les termes sont parfois identiques :

/"■" Lettre : « Sollicitât me dominus Cancellarius ut curam Londoniensis episcopatus suscipiam, et ex parte reddituum episcopatus episcopum ipsum et domum ejus exhibeam, reliquum vero domino meo régi, prout sibi Spiritus Dei suggesserit erogandum, conservem. » [Materials, t. v, pages 15-16).

2^ Lettre : « Ipsum enim (decanum)..., administrationem hanc non aliter subisse noveritis nisi ut rerum curam ageret, ipsumque et domum suam fideliter exhiberet, et, si quid ex redditibus ipsius et obventionibus annuis reliquum foret, hoc, ubi nécessitas debiti plus urgeret, non prout créditer vellet, sed ut ras esset, exsolveret. » [Ibid., page 24).

Ainsi le doyen a fait précisément le partage qu'indiquait la lettre du Chancelier à Gilbert. Il s'agissait de garantir le paiement des créances, de remettre un peu d'ordre dans les finances de Richard de Beaumais, après avoir assuré au prélat paralytique et à sa maison l'entretien auquel ils avaient droit. Personne n'ayant voulu s'en charger, le Roi et le Chancelier, au défaut d'un Archevêque, prenaient l'affaire en main ; mais s'ils se constituaient trésoriers à l'égard des créanciers, ils n'allaient point s'ingérer dans l'administration de la mense épiscopale. Ce soin, ils le voulaient confier à un évêque, à un proche parent du prélat en détresse, et recevraient de lui, pour être distribuées selon le besoin, seulement les sommes qu'il voudrait bien leur remettre. Nous avouons, pour notre part, que dans la situation désespérée, dans l'abandon où se trouvait l'évêque de la capitale, nous ne voyons pas quel autre moyen de salut eût pu être employé. Nous convenons volontiers que Henri II n'éta:t pas un mandataire bien propre à inspirer confiance ; mais Gilbert aurait pu compter sur le Chancelier, dont la garantie méritait considération. L'évêque de Flereford craignait les risques et les embarras de la mission qu'on lui proposait ; il redoutait d'y perdre le recueillement, et préférait prier en paix à Hereford pour le salut du Roi. Ces pieux sentiments ne l'empêchèrent pourtant pas, peu après, de presser le doyen et l'archidiacre de Saint-Paul d'accepter la charge dont il n'avait pas voulu. Car ce fut sur ses instances réitérées et sur celles de l'évêque de Lincoln, qu'enfin Llugues et Nicolas vinrent au secours du prélat infirme. Tous deux firent en effet l'expérience des tribulations au milieu desquelles Gilbert les avait généreusement jetés à sa place. L'archidiacre eut même un dur moment à passer ; il n'en sortit sain et sauf que

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