‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 106 sur 294 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

grâce à l'intervention de Thomas, tant il est vrai que le Chancelier songeait peu à profiter des embarras de l'évèché.

11 est un autre fait qu'on a exploité aussi, toujours dans le même but, et que nous exposerons sommairement (i). Non qu'il s'agisse d'administration ni de nominations épiscopales; mais nous y voyons le Chancelier gardien des chartes importantes et juge de leur valeur dans les contestations de droit.

C'est l'abbaye de La Bataille qui est en cause. Fondée par Guillaume le Conquérant sur le terrain où il avait remporté la victoire de Hastings, le célèbre monastère était depuis lors en possession de privilèges étendus, notamment de l'exemption au regard de la juridiction épiscopale. Le Conquérant avait, comme tant d'autres fondateurs, stipulé cette clause ; l'Église l'avait acceptée par le ministère de l'Archevêque de Cantorbéry et celui de l'évêque de Chichester, au diocèse duquel Saint- Martin de La Bataille était situé. Les deux prélats avaient apposé leur sceau confirmatoire à la suite de celui de Guillaume, sur la charte de fondation, 11 advint que, sous le roi Etienne, l'éternelle querelle entre évêques et abbés exempts se réveilla, L'évêque de Chichester prétendit arguer de certaines circonstances contre l'exemption de La Bataille, et le différend se prolongea jusque sous le règne de Henri II, A cette date, l'abbé était Walter, frère de Richard de Luci, qui fut grand justicier

I, Le R, P. John Morris l'a expose tout au long dans une note de vingt pages, à la fin de son livre The Life and Martyrdom of S. Thomas Becket (2" éd,, note d). Nous résumons ici ce travail étendu que nous ne suivons pas d'ailleurs dans toutes ses conclusions. La question nous paraît beaucoup plus simple encore qu'au Révérend Père, en ce qui touche la participation de saint Thomas, — On trouvera dans les Materials, t. IV, pages 244 et suiv. le fragment de la Chronique de La Bataille relatif à cette contestation.

d'Angleterre ; l'évêque était Hilaire de Chichester, que Thomas avait naguère vu sacrer à Cantorbéry par le primat. Les deux parties vinrent plaider leur cause pardevant le Roi, les 23 et 28 mai 11 57, dans le chapitre de l'abbaye de Colchester, en présence de l'archevêque Thibaut, de plusieurs prélats et hauts barons. Thomas lut d'abord la charte de Guillaume le Conquérant, puis une autre du même prince relative à quelques affaires de l'abbé de La Bataille. Le Chancelier donna ensuite la parole à l'évêque de Chichester ; la lecture des actes ayant suffi à prouver selon le droit le privilège accordé jadis, il fallait que la partie plaignante présentât les arguments qui, à ses yeux, frappaient de caducité les titres allégués par l'abbaye.

Hilaire se leva donc, et commença un discours. Il jouissait d'un certain renom d'orateur, qui lui inspirait confiance, mais lui attira pendant sa vie plus d'une mésaventure. Il parlait, remontait à la constitution de l'Église, abordait la question brûlante des relations entre les deux puissances, et, après avoir bien débuté, laissa échapper ces mots :

« La loi romaine prouve que telle a été depuis l'anti- « quité la constitution de l'Église, et qu'aucun laïque, « pas même un roi, ne peut conférer ni confirmer aux « Églises ni dignités ni libertés ecclésiastiques, sinon « par la permission du Pontife romain. »

L'évêque était peut-être orateur, mais à coup sûr ni diplomate, ni théologien. Il venait de mêler en une seule phrase le vrai avec le faux, parlant à côté de la question, et heurtant de front l'orgueil du Roi. Il s'en aperçut bien vite; le prince éclata en violents reproches, accusant le prélat de saper l'autorité royale. Henri n'avait vu dans la phrase malheureuse que la proclamation de la sujétion des couronnes à l'égard du Souverain Pontife ; il

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