Materials^ t. v, page lo. Lettre « Gravati sumus
2. En effet, puisque c'est l'archidiacre de Cantorbéry qui l'a imposée (loc. cit.), il est clair que cette taxe ne peut affecter que les églises soumises à la juridiction de l'archidiacre, lequel n'a jamais eu, à aucun titre, autorité hors du diocèse.
archidiacre de Cantorbéry. Comment, en effet, ce dignitaire eût-il jamais promulgué dans le diocèse, et pour le seul diocèse, une ordonnance fiscale au bénéfice de l'État? Quand même il se fût agi de ce que l'on a depuis nommé par euphémisme un « don volontaire, » le soin et la mission de mettre à contribution les églises, dans le ressort diocésain de la métropole, ne pouvait appartenir qu'à l'Archevêque. La question devient donc beaucoup plus simple : comme archidiacre de Cantorbéry, le Chancelier Thomas a parlé du recouvrement de la taxe de second subside ; Thibaut lui répond qu'il l'a supprimée comme une coutume irrégulière et mauvaise, mais que si Dieu lui rend la santé, il saura bien compenser la perte que cette mesure inflige à son fidèle Thomas. La lettre de Thibaut n'a pas d'autre sens ; il a fallu isoler quelques lignes de tout l'ensemble pour y trouver trace des impôts régaliens. Nous n'insisterons pas davantage.
Qu'avons-nous donc vu jusqu'à présent? Un ministre placé aux côtés d'un roi mal disposé à l'égard des franchises ecclésiastiques ; et ce ministre emploie son influence pour procurer le bien de l'Église, souvent avec succès, parfois sans résultat, auquel cas il se borne à ne point léser sa conscience, en évitant de se briser contre la volonté inflexible du maître. Mais nous ne pouvons trouver chez lui nul indice du zèle qu'on a voulu lui prêter pour les prétentions abusives de la couronne. Par suite, il n'y a plus lieu de rechercher une contradiction flagrante entre les deux principales périodes de sa vie, et les accusations basées sur cette contradiction s'écroulent d'elles-mêmes. Nous pouvons aller plus loin encore ; certaines anecdotes, rapportées par des contemporains, nous montreront ce qu'il y avait de dévouement à l'Église, d'adresse et de prudence,
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derrière le masque de justice dont Thomas était contraint de se couvrir ; elles nous donneront une idée de ses procédés ; enfin nous y trouverons l'indice de son action toujours discrète dans la grande question qui agitait l'Europe, celle du schisme d'Octavien.
Nous savons quelle incertitude se manifesta d'abord en France et en Angleterre, après la mort d'Adrien IV, au sujet du successeur légitime du Pape défunt. Alexandre 111 écrivit directement à l'Archevêque de Rouen, Hugues d'Amiens, jadis moine bénédictin. Le prélat se prononça aussitôt en faveur d'Alexandre, et chargea son neveu Gilon, archidiacre de la métropole, de voir successivement tous les suffragants de la province, pour les engager à embrasser le même parti. La cour de Henri H se trouvait alors à Neufmarché, en vue du parlement qui devait décider à quelle obédience l'Angleterre se rangerait ; nous n'ignorons plus, d'ailleurs, quelles étaient à ce moment les visées politiques du Roi. N'avait-il pas encore acquis la certitude d'arriver à ses fins? Peut-être; toujours est-il qu'il se courrouça vivement contre l'archevêque de Rouen. Mais Hugues d'Amiens était trop universellement respecté pour qu'on osât le frapper directement ; le Roi s'en prit donc à Gilon l'archidiacre et décréta que sa maison serait démolie.
— « Voilà, observa tranquillement Thomas, qui va f' me mettre en grand embarras.
— « Et pourquoi ?
— " Mais parce que c'est précisément chez ce Gilon <t que je prends gîte, lorsque je vais à Rouen (i ) ».
Pour ne point désobliger à ce point le Chancelier, Henri se laissa persuader de révoquer la sentence ;