‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 113 sur 294 · CHAPITRE IK · texte numérisé non relu

CHAPITRE IK

remise à un homme de confiance, avec injonction d'aller en doublant l'étape à franc-étrier jusqu'au Mans, s'il tient à la bienveillance du lord Chancelier. Le courrier part bride abattue, et moins de quarante-huit après il arrive au Mans. Il était temps, car la fatale ordonnance venait d'être remise à qui de droit, mais rien n'était fait encore. Le Roi ne connut que plus tard l'ingénieux procédé du Chancelier; il eut alors le bon goût de s'en montrer satisfait.

Les prélats et les grands n'étaient pas seuls à bénéficier du dévouement de Thomas ; son ami d'enfance, Jean de Salisbury, ne recourut pas en vain à son appui. Attaché au sei"vice de l'Archevêque Thibaut, dont il était devenu le secrétaire et le confident, Jean se voyait en butte au ressentiment du Roi (i). A raison de ses principes solides sur les questions ecclésiastiques, il se savait menacé par la colère d'un prince qui attribuait à son influence les quelques mesures salutaires, les quelques paroles énergiques, par lesquelles furent marquées les dernières années du primat. Une sentence d'exil était à redouter. Le crédit et l'intei-vention du Chancelier conjurèrent là encore les effets du courroux royal, et dissipèrent peu à peu l'orage ; mais ce n'était que pour un temps, et la rancune subsistait dans le cœur de Henri Plantagenet : un jour il le prouvera.

Thibaut, il est vrai, n'était point menacé. Le Roi sans doute le voyait s'éteindre, et jugeait que le vieillard moribond ne valait pas qu'on déployât tant de rigueur ni qu'on écoutât bien attentivement sa voix défaillante. En vain le pauvre Archevêque, malade et proche de sa fin, écrivait-il en termes touchants au Roi pour le supplier de venir conférer avec lui de sujets importants :

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