I. Joh. Sarisb., ep. xcxvi et cxiii
le prince ne répondait pas et demeurait sur le continent, où le retenaient, il faut le dire, et la guerre et la question du schisme. Alors Thibaut s'adressait à Thomas ; il réclamait en termes affectueux, puis sévères, le retour de son archidiacre, à la fidélité duquel il voulait confier ses craintes et ses désirs (i). Il en arrive à menacer trèssérieusement Thomas des rigueurs canoniques, s'il ne revient aussitôt en Angleterre (2) ; mais le Roi fait dire qu'il a besoin de son ministre, et la voix publique assure que la présence de Becket en Normandie est regardée comme nécessaire par toute la Cour. C'est de lui que dépend, dit-on, le succès des négociations engagées, après la guerre de Toulouse probablement. De son côté, Thomas écrit sous main à Jean de Salisbury; que l'Archevêque, dit-il, me rappelle par une lettre sévère, où il menacera de m'enlever tout bénéfice ecclésiastique et de me frapper d'excommunication; il faudra bien alors que le Roi comprenne la nécessité où je serai de repasser la mer (3). Mais précisément alors Thibaut hésite, en considération du bien que son archidiacre peut faire auprès du prince. Au milieu de ses fluctuations, la mort le saisit, le 18 avril 1161, après un laborieux épiscopat de vingt-deux ans. La vacance du siège primatial devait durer treize mois et quelques jours. Les dernières années du vénérable Archevêque avaient été attristées par de sombres présages ; mais du moins au milieu des plaintes arrachées au vieillard, la Providence avait permis que, par ses appels douloureux, et jusque dans ses menaces, il donnât à la postérité un témoignage certain de sa confiance en la fidélité du