‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 115 sur 294 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

l'élection ( 1 1 6 1 - 1 162)

Au moment où Thibaut mourait à Cantorbéry, Thomas tombait gravement malade à Rouen. Il y reçut la visite des deux Rois de France et d'Angleterre, qui venaient avec intérêt s'informer de son état ; car Louis le Jeune, avec son cœur chevaleresque, avait conçu plus que de l'estime pour le chancelier Becket, dont l'habileté, la bravoure, et les qualités brillantes avaient conquis toute l'affection du généreux prince. La convalescence enfin se déclara. Pour en charmer les loisirs, Thomas jouait un jour aux échecs, vêtu d'une pelisse à manches démesurément longues, telles qu'il était de mode à la cour d'Angleterre. Entra le prieur de Leicester, qui, sans souci de l'étiquette, s'écria :

— « Mais à quoi songez-vous donc? Vous, un clerc, « porter pareil habit! Laissez cela aux fauconniers; « vous êtes clerc par l'ordre et par la juridiction, archi- « diacre de Cantorbéry, doyen de Hastings, prévôt de « Beverley, chanoine de plusieurs cathédrales, admi- « nistrateur de l'Archevêché, et qui sait ? si l'on en € croit les bruits de la cour, tout-à-l'heure Arche- « vêque. »

— « Oh ! repartit Thomas sans émotion, je sais en « Angleterre trois prêtres que je voudrais voir nommer « à cette dignité bien plutôt que moi-même, car je

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« connais trop le Roi; si l'on me faisait Archevêque, il « me faudrait choisir entre sa faveur et celle du Dieu « Tout-Puissant (i). »

La conversation n'alla pas plus loin sur ce sujet, mais il était bien vrai qu'à la cour on ne parlait que du Chancelier pour succéder à Thibaut ; néanmoins le Roi se taisait. L'année se passa sans incidents; mais Thomas était inquiet de la persistance des bruits qui couraient à son sujet. Habitué de longue date aux allures des courtisans, il démêlait sans peine que la rumeur publique avait quelque fondement. Il s'ouvrit de ses appréhensions à l'un des cardinaux envoyés par Alexandre III aux Rois de France et d'Angleterre. Henri de Pise fut celui qu'il consulta au sujet de l'éventualité redoutable qu'il commençait à envisager. La réponse du légat ne fut pas de nature à le rassurer; Henri le pressa d'accepter s'il était élu, et lui en fit presque un devoir.

Vint le printemps de l'an 1162; Henri II, toujours en Normandie, décida qu'il enverrait le Chancelier en Angleterre pour réprimer les incursions des Gallois et régler plusieurs questions importantes. Il donna donc à Thomas des instructions détaillées sur l'objet de sa mission ; et tout étant préparé, le Chancelier vint trouver le Roi au château de Falaise pour prendre congé de lui. Auprès de Henri se trouvaient plusieurs seigneurs lorsque Thomas entra dans l'appartement. L'attirant à part, le Roi lui dit alors :

« Vous ne connaissez pas encore tous les motifs qui

I. Nous devons avertir le lecteur que désormais nous n'indiquerons plus de renvois aux biographes pour les faits qui peuvent être aisément retrouvés dans leurs œuvres. Ce serait charger inutilement les pages dès lors que Ton connaît nos sources. Nous ne préciserons que dans le cas où il y aurait lieu à confronter des textes spécialement importants ou placés hors de la chaîne chronologique.

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