‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 116 sur 294 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

« m'engagent à vous faire passer la mer; ma volonté « est que vous soyez Archevêque de Cantorhéry. »

Jetant un regard sur son costume assez mondain, Thomas répondit en riant :

« Vraiment, le beau religieux, le vénérable saint que « voilà, pour gouverner un si célèbre monastère, et « s'asseoir sur un siège si illustre ! »

Puis, reprenant toute sa gravité, il ajouta :

« Au surplus, s'il en devait être ainsi, sachez-le bien, « sire : la faveur et l'affection dont vous m'honorez « aujourd'hui se changeraient bientôt en haine impla- « cable. Je connais vos exigences en matières ecclésiasti- « ques. Ce que vous demandez aujourd'hui à d'autres, « vous mêle demanderiez à moi demain; je ne pour- « rais V consentir; et les méchantes langues en pren- « draient texte pour provoquer entre nous une lutte « sans fm. »

Mais le Roi ne parut point avoir souci d'un avertissement aussi net, et se tournant vers le Grand Justicier d'Angleterre, Richard de Luci, il dit à haute voix, en présence des assistants :

— « Richard, si tu me voyais au cercueil, ne ferais- <' tu pas tous tes efforts pour assurer la couronne sur « la tête de mon fils?

— Sire, les derniers efforts.

— Ça, je veux que tu ne fasses pas moins pour « que le lord Chancelier soit élu Archevêque de Can- « torbéry. //

Thomas prit congé du Roi, et peu de jours après abordait en Angleterre, pour y exécuter les ordres de son maître. 11 fut suivi de près par les envoyés de Henri. C'étaient Richard de Luci accompagné des évêques d'Exeter et de Chichester. Arrivés à Cantorbéry, les trois ambassadeurs firent réunir les moines de Christ-

church dans la salle capitulaire, et le Grand Justicier prit la parole :

« Le roi Henri, notre maître et seigneur, dit-il, vous « mande ses intentions. Il a considéré que cette Église « était depuis longtemps sans pasteur, et il ne veut pas « que pareille situation se prolonge. Sa volonté est donc « que vous choisissiez un homme qui soit votre père et « votre chef, à l'honneur de votre Église. C'est votre « droit, et le Roi n'entend pas vous en dépouiller. Que « votre choix soit donc tel que vous n'ayez à vous en « repentir ni devant Dieu ni devant les hommes. Vous « savez assez quels biens résulteront pour l'Église d'une « heureuse détermination, si entre le Roi et le futur « Archevêque règne une entente parfaite ; au contraire, « s'il y avait opposition entre eux, ce qu'à Dieu ne « plaise, il n'est pas besoin de dire quels maux résulte- « raient d'un choix si malheureux. »

Les deux évêques appuyèrent de leur approbation les paroles habiles de Richard, qui, en bon politique, s'était bien gardé de prononcer aucun nom. Le prieur de Sainte-Trinité remercia vivement les délégués royaux, puis demeura seul au chapitre avec les quelques religieux qualifiés pour procéder à une élection. Peu d'instants après, il fit mander les trois envoyés du Roi, qui rentrèrent dans la salle capitulaire. Les électeurs, en effet, n'avaient pas eu à délibérer longtemps pour s'accorder à consulter ceux qui connaissaient, sans aucun doute, les pensées de Henri Plantagenet; Richard était d'ailleurs vassal de l'Archevêché pour certains domaines. Les deux évêques et le Grand Justicier procédèrent avec prudence, et amenèrent finalement les rejigieux à délibérer sur le nom du Chancelier. Les avis se partagèrent alors. Parmi les moines, quelques-uns considéraient comme fâcheuse

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