LE NOUVEL ARCHEVÉQ.UE
Au jour où Thomas Becket revêtait le pallium et s'asseyait sur la chaire primatiale, déjà il avait inauguré la vie austère et sainte qui devait fournir matière à tant de dissertations passionnées. Ses contemporains, ses biographes même, ont vu là une conversion véritable; et quant aux détracteurs, venus après de longs siècles, ils n'ont trouvé dans ce fait que matière ou prétexte à critiques et à calomnies, attribuant à d'odieux calculs le changement de vie qu'ils croyaient voir en Thomas Becket. Nous avons, quant à nous, suivi pas à pas la marche ascendante de cette grande âme. et nous ne trouvons aucune énigme à déchiffrer dans la sainte existence que nous allons décrire. Nous n'y voyons pas même une conversion, si ce mot doit impliquer un jugement rigoureux sur le passé. Depuis les jours de l'enfance, la vie de Thomas Becket a été pure ; enveloppée d'allures mondaines, sa vertu a pris des forces croissantes à chaque étape de son existence. L'archidiacre de Cantorbéry, le chancelier du royaume, nous ont laissé entrevoir une foi, une charité, une sévérité de mœurs, un esprit de prière, que n'avait pas connus l'étudiant des écoles de Londres et de Paris, ni le jeune clerc du primat Thibaut. Restaient cependant encore à dépouiller des habitudes mondaines, des
allures guerrières ou fastueuses que le Chancelier avait conservées, moitié par goût naturel, moitié par obligation de position. Ce fut l'œuvre du Saint-Esprit agissant directement par le sacrement de l'Ordre, avec la puissance et la liberté qu'il trouve dans une âme que le mal n'a point souillée ni obscurcie. Loin d'opposer comme jadis des barrières à l'expansion de la sainteté, la position de Thomas Becket va maintenant la solliciter ; l'homme d'État se trouve désormais dans l'obligation d'être et de paraître uniquement homme d'Eglise, Thomas l'a compris. Il prévoit de plus à quels combats il marche, et sent le besoin de puiser toujours en Dieu de plus grandes forces. Quoi d'étonnant, donc, s'il se crée une existence qui eût suffi à lui mériter la gloire des bienheureux, quand même il n'eût pas conquis l'auréole des martyrs ? Loin d'obéir ainsi à des calculs ténébreux, il ne pouvait agir plus simplement ; loin de se contredire, il ne pouvait suivre une voie plus droite, ni mieux parfaire l'unité de sa vie. Les contemporains, trop rapprochés des événements, n'en pouvaient aisément saisir l'ensemble ; leurs appréciations sur des faits isolés ou des points de détail ont, par suite, manqué souvent de justesse. Pour nous, qui pouvons réunir et confronter leurs nombreux récits, les lignes générales de la vie de saint Thomas se dégagent des faits eux-mêmes et dessinent clairement la marche ascendante et continue du juste vers la pleine lumière. Au lendemain de son sacre, Thomas ne se contenta plus des mortifications corporelles qu'il avait jusqu'alors pratiquées, telle que la discipline fréquente, par exemple; il y voulut ajouter quelque chose de plus dur et de plus continu ; aussi fit-il faire une haire en crin, qui l'enveloppait jusqu'aux genoux, et que depuis lors il porta constamment. Pour permettre les soins de pro-