‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 124 sur 294 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

pendant lesquelles le Pontife traitait avec le Seigneur de sa perfection et du salut de son peuple ; prières précieuses, racines cachées des grandes œuvres qui méritèrent à Thomas Becket l'admiration des siècles.

A neuf heures, l'Archevêque sortait de son appartement pour monter à l'autel ou assister à la messe, car il ne la célébrait pas tous les jours. En quoi nous ne devons pas voir une négligence ni une lâcheté ; les habitudes et les formes de la piété chrétienne n'étaient point alors ce qu'elles sont aujourd'hui. Il n'y avait pas unité de pratique sur ce point de l'oblation du saint sacrifice, et tandis que la discipline ecclésiastique permettait la célébration de deux messes le même jour, elle admettait aussi sans difficulté le sentiment de respect et de révérence qui parfois retenait le prêtre au pied de l'autel. Mais lorsque Thomas y montait, alors éclatait sa foi vive et la ferveur de son âme. Dès qu'il revêtait les parements sacrés, on voyait ses yeux remplis de larmes; et tout le temps que durait la messe, on eût vraiment dit que l'Archevêque contemplait le drame de la Passion devenu visible pour lui. A regarder alors le Pontife, on sentait la foi s'affermir et la dévotion s'échauffer.

Après la célébration ou l'audition de la messe, le primat passait dans la grande salle des plaids, où il tenait sa cour de justice, dont nous aurons à parler plus loin. \^ers midi avait lieu le repas, où Thomas Becket alliait comme jadis la magnificence avec la charité, la sobriété avec la plus large hospitalité. Les tables étaient dressées dans le réfectoire des moines ; au fond, sous un dais, celle du primat ; à droite, et dans le sens de la longueur, celle des clercs attachés à son service ; à gauche, la table des religieux de Sainte-Trinité. La maison militaire et les étrangers laïques, pour lesquels

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s'ouvrait toujours la porte du palais primatial, étaient servis dans une salle à part. C'est qu'à la table de l'Archevêque ils ne pouvaient plus trouver la même liberté qu'à celle du Chancelier. Sans doute l'appareil en était toujours somptueux : vaisselle précieuse, hanaps d'or et d'argent, brillant sous les voûtes du réfectoire monastique aussi bien que dans la grand'salle du palais de Londres. L'Archevêque de Cantorbéry étant le premier personnage d'Angleterre après le Roi, Thomas voulait que rien ne fût changé dans les coutumes de ses prédécesseurs. Mais les convives étaient tenus à une réserve digne du monastère et du haut dignitaire qui présidait au repas. Point de musiciens admis au réfectoire, contrairement à l'usage à peu près général dans les demeures des grands (i). Le portecroix faisait à haute voix la lecture, près de la table de l'Archevêque, et le prélat ne l'interrompait jamais que pouf éclaircir, par quelques observations échangées avec les siens, un point d'histoire ou une question difficile soulevée par l'auteur. Pareille austérité eût pu être à charge aux laïques ; et puis, Thomas voulait éviter qu'un mot imprudent ne leur fournît matière à commentaires erronés ou à rapports malveillants. C'est pourquoi leur table était dressée à part, d'ailleurs avec une recherche et une abondance toutes princières.

Au réfectoire, le service était fait par un grand nombre de jeunes écuyers, tous de maisons nobles ; car la coutume voulait que l'aîné des fils étant attaché au service du Roi, le second fût envoyé au palais primatial de Cantorbéry. Le prince héritier d'Angleterre lui-

I. C'était au point que dans presque toutes les salles destinées aux repas, les architectes avaient soin de ménager une galerie spéciale pour les musiciens.

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