CHAPITRE XI
à tout élu qu'il saurait indigne, en lui refusant la consécration. Attendu que c'était le privilège du primat de sacrer les évêques dans toute la province de Cantorbéry, c'est-à-dire pour seize diocèses, de dixhuit que comptait l'Angleterre, il faudrait que l'élu se désistât ou qu'il recourût au Saint-Siège; le Pape refuserait ou accorderait la grâce de l'onction, selon qu'il jugerait devoir le faire ; mais dans tous les cas la conscience du primat demeurerait sauve. En prenant une telle résolution, Thomas ne faisait certainement que son devoir ; mais il était fondé à prévoir, comme conséquences, de redoutables conflits avec la couronne. Moins que personne il pouvait se faire illusion ; il n'est pas douteux néanmoins qu'il eût affronté tous les risques, s'il se fût trouvé en demeure de sacrer un indigne. Afin de garder les mains libres, il prenait soin de n'admettre à son service aucun clerc auquel des liens de vassalité à l'égard de la couronne eussent pu enlever l'indépendance du jugement. Et quant aux ordinations qu'il eut à faire pour le diocèse métropolitain lui-même, il y apporta les mêmes précautions, afin de ne conférer les ordres qu'à des sujets instruits et recommandables.
Nous avons parlé de l'amour de Thomas pour l'étude des saintes lettres, '< utiles pour enseigner, corriger, « redresser, et montrer aux fidèles la voie de la jus- « tice (I). >/ Les autres branches de la science ecclésiastique étaient aussi l'objet de son étude, comme nous le voyons par ses lectures silencieuses dans les cloîtres ou par celles qui se faisaient pendant les repas. Ainsi comprenons-nous que Thomas Becket était docteur à l'égard de son peuple. Nous savons que sa vie était