CHAPITRE XI
Par la justice non moins que par la charité, Thomas contribuait puissamment à alléger pour les déshérités de la fortune les rigueurs de leur état. Comme chef de la première cour de justice ecclésiastique, il avait bien souvent h prononcer entre gens de haut lignage et d'humbles plaignants auxquels il savait toujours faire rendre leur dû, pourvu que le bon droit fût en leur faveur. Dans ce cas, nous dit un témoin autorisé (i), « il n'y avait lettres ni instances, vinssent-elles du Roi « lui-même, qui pussent le faire dévier du sentier de la « justice. » Servi par une sagacité dont les preuves n'étaient plus à fournir, Thomas savait diriger l'interrogatoire de telle sorte que la vérité ne tardait pas à se faire jour, pour l'ordinaire. Que si l'évidence ne se manifestait pas aussi promptement, rien n'égalait la patience et l'attention avec laquelle le saint prélat conduisait le débat. Finalement, il en arrivait toujours à préciser des questions obscurcies par la mauvaise foi ou l'embarras des témoins, et justice était faite sans considération de personnes. On imagine bien qu'une inflexibilité pareille provoquait des ressentiments implacables : nous en verrons l'effet.
Une autre cause encore attirait à l'Archevêque de Cantorbéry la haine des uns en même temps que l'admiration et l'affection des autres, c'était l'intégrité qui régnait à tous les degrés de sa cour de justice. Savait-il qu'une personne poursuivait une cause pendante à son tribunal ? Il refusait invariablement d'en recevoir le plus léger présent, et tous les membres de la chancellerie étaient tenus rigoureusement à pareille réserve. L'administration de la justice était gratuite; nulle rétribution n'était ni exigée ni acceptée sous